Aîné d’une famille de cinq enfants, David
Clarinval est licencié en sciences économiques,
sociales et politiques de l’UCL. De longue date impliqué dans
la vie sociale de sa commune (joueur de football et président
de l’ASBL « Jeunesse de Bièvre » de
1995 à 2000), il a réussi à être
le plus jeune bourgmestre de Belgique, nommé à cette
fonction à 25 ans.
Il est par ailleurs attaché parlementaire au groupe
MR du Parlement wallon et secrétaire politique de
la fédération MR de l’arrondissement
de Dinant.
Il avoue aussi une passion parmi les plus saines
: il adore la lecture ! Opladis
: Monsieur le bourgmestre, vous avez le privilège d’être
actuellement le plus jeune bourgmestre de Belgique.
Tout à fait, depuis 3 ans, j’ai le privilège d’être
le plus jeune bourgmestre du pays. J’ai été nommé par
le Roi à l’âge de 24 ans, le 1er janvier 2001 et à l’heure
actuelle, j’ai 27 ans.
Opladis : Et tout cela à la tête d’une petite entité,
au niveau du nombre d’habitants. Vous avez 3.200 habitants, mais un territoire
bien plus important que beaucoup d’autres communes, puisque vous avoisinez
les 11.000 hectares.
C’est cela. Je gère une commune de type rural et ardennais, 3200
habitants sur une superficie de 110 km², ce qui représente environ
29 habitants par km², soit une densité vraiment très faible,
une des plus faibles du pays. Cette configuration pose des problèmes
mais procure des avantages différents que ceux que peuvent rencontrer
mes collègues de la ville. Nous gérons une commune composée
de 12 petits villages, le plus gros village est Bièvre qui compte 1.200
habitants. Tous les autres villages avoisinent les 50 à 300 habitants,
si ce n’est le village de Graide qui en compte 623.
Opladis : Pour nos lecteurs, rappelons que Bièvre est à quelques
encablures de Bouillon, de Beauraing et que, passant sur l’autoroute
E411, lorsqu’on s’arrête à la station de Wellin, on
est à deux pas de chez vous. Effectivement, nous sommes situés entre Beauraing et Bouillon et les
gens nous connaissent parce qu’ils traversent notre village et la commune
lorsqu’ils se rendent sur la Semois pour se reposer ou pour passer un
week-end de tourisme du côté de Vresse ou de Bouillon, par exemple.
Opladis : Effectivement, votre voisine, Vresse-sur-Semois est un lieu touristique
bien connu, ce qui n’est pas tout à fait l’orientation fondamentale
de Bièvre. Vous avez plutôt deux pôles : l’industrie
forestière et, d’autre part, deux zonings industriels.
Nous disposons, comme toutes les communes rurales, d’un pôle agricole
et forestier bien développé, avec de nombreux exploitants forestiers.
Nous exploitons près de 5.000 hectares de forêts sur la commune,
ce qui est assez important. Donc, le pôle forestier est développé mais
nous avons aussi deux zonings, un artisanal et un industriel qui sont arrivés à saturation.
Ils comportent de nombreuses PME qui occupent jusque 150 travailleurs et qui
travaillent souvent les métaux , le fer, les remorques de camions, les
machines agricoles, les charpentes métalliques, mais également
les châssis en bois, en plastique...
Opladis : Au niveau des exploitations forestières, cela va du sapin de Noël à l’arbre à débiter
en planches ou au bois de chauffage
Tout à fait, nous disposons d’une culture du sapin de Noël
qui est très développée par les particuliers, plusieurs
pépiniéristes vivement uniquement de ce métier. Nous avons
ensuite des exploitations d’épicéas, qui est l’arbre
utilisé dans l’industrie, et puis nous avons également
l’exploitation de feuillus, le hêtre principalement, qui est utilisé pour
la confection des meubles etc… Donc, nous pouvons dire que nous disposons
d’un panel complet du travail du bois allant de la pépinière
jusqu’au travail des meubles.
Opladis : Quelque chose m’intrigue. Dans les armoiries de Bièvre,
on découvre un castor. Expliquez-moi la présence de ce petit
animal sympathique.
C’est en fait l’origine étymologique du terme Bièvre
qui vient de Bever, Castor. On peut donc supposer qu’il y avait de nombreux
castors dans la région et d’ailleurs au Canada, au Québec,
le mot « Bièvre » signifierait « vivier de Castor ».
Récemment nous avons eu l’honneur de constater le retour du castor
dans notre région et principalement dans notre commune où des
naturalistes ont repéré des huttes de castors. On peut donc imaginer
que nous assistons à un retour naturel des castors sur leur lieu d’implantation
originelle.
Opladis : Sans intervention humaine ? Ce n’est pas un repeuplement dans le
cadre d’une mesure écologique ?
Non, ils sont revenus spontanément. Toutefois, je sais que des naturalistes
ont réintroduit des castors en France, dans la botte de Givet, ce qui
fait qu’il est probable que les castors viennent de là et qu’ils
remontent tout doucement les cours d’eau et reviennent s’implanter
sur leur lieu traditionnel.
Opladis : Tout autre chose. Au niveau de votre population, quelle est la part des
seniors ?
La proportion est assez importante, nous sommes une commune qui se caractérise
par un léger exode rural de la population jeune et par un certain retour,
sur notre territoire, de personnes âgées, quand leurs activités
professionnelles sont terminées.
Opladis : Donc, les exilés rentrent au bercail une fois pensionnés
!
Nous comptons près d’un quart de la population de plus de soixante
ans.
Opladis : Ce qui veut dire, avec une forte population senior, mais une densité de
population très faible, un éparpillement de l’habitat,
et donc une politique senior spécifique à mettre en place.
Nous avons, dès notre arrivée il y a 3 ans, voulu vraiment orienter
notre politique vers les seniors. Il existait alors un home pour personnes âgées
de 35 lits. Désormais, en plus de cette infrastructure, nous avons développé plusieurs
services, notamment via le CPAS : le service de repas à domicile, un
service de covoiturage pour garantir la mobilité des aînés,
ainsi qu’un service d’aide familiale, par le biais de sociétés
d’aide à domicile. Par ailleurs, nous avons également mis
sur pied l’université du troisième âge qui organise
tous les mois une conférence sur des thèmes variés et
intéressants. Il y a également une société dénommée « Les
trotteurs ardennais » qui organise des promenades dans la forêt
avoisinante. L’administration communale organise aussi des manifestations
de détente qui sont très appréciées : nous inaugurons,
par exemple, une bibliothèque pour permettre l’emprunt de livres… Par
ailleurs, nous avons également un service de distribution d’eau
dont le personnel ouvrier se tient à la disposition de toutes les personnes âgées
qui ne savent pas relever leur compteurs d’eau. Voilà en quelques
lignes nos axes de travail par rapport à la population des seniors.
Opladis : Et je sais que vous organisez également des cours d’initiation à Internet
pour seniors. Quel est le profil du senior de Bièvre qui s’inscrit à ces
cours ?
En fait, nous avons mené une politique de développement de l’informatique
dans notre commune, puisque notre commune était caractérisée
par un faible taux de pénétration de l’ordinateur et d’Internet
dans les foyers. Nous avons donc créé une cyber-école
pour les enfants, qui reçoivent deux heures d’informatique par
semaine dans le cadre de leur cursus scolaire et ce, dès la première
primaire. Ces outils informatiques, en plus de leur usage scolaire, ont été mis à la
disposition de la population. Nous avons ciblé 3 groupes spécifiques
: les agriculteurs, les mères au foyer et les seniors, parce que nous
avions constaté que ces trois populations étaient, de prime abord,
moins portés vers l’informatique. Finalement, notre démarche
a été concluante: que ce soient les agriculteurs, les mères
au foyer ou les seniors, il y a vraiment une forte demande pour pouvoir suivre
ces cours d’informatique. Il s’agit de cours d’initiation à Word,
Excel, Access, Powerpoint et à Internet. Le rythme est évidemment
différent selon le public, le but est, qu’après le cycle
de formation, tout le monde puisse maîtriser ces cinq logiciels. Le profil
des seniors ? Ce sont des gens curieux, qui ont osé suivre des cours
personnels parce qu’il étaint donné à proximité de
leur domicile. Voilà un peu le profil de nos « clients ».
Opladis : De nombreux seniors à Bièvre qui pourront
donc prochainement lire votre interview sur Opladis. Merci, monsieur le Bourgmestre.
Et bon
travail !
Une
interview réalisée le 15 octobre 2003 par
Memogrames sprl, pour compte de Opladis.