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  JODOIGNE
> La commune de Jodoigne

Monsieur Jean-Paul Wahl

Monsieur Jean-Paul WAHL

Né en 1955 à Uccle, Jean-Paul WAHL connaît la ville dont il est aujourd’hui bourgmestre de longue date : il y a fait une partie de ses études primaires, ainsi que ses Humanités à l’Athénée de Jodoigne, puis, diplômé avocat de l’UCL en 1980, y a ouvert son cabinet.

Il y est conseiller communal depuis 1988 et est devenu échevin des sports et de la jeunesse en 1991. Député à la Région wallonne et à la Communauté française de 1995 à 2004, il assura les fonctions de bourgmestre à partir de 1999, le bourgmestre en titre, Louis Michel, étant empêché pour cause de mandat ministériel.

Désormais, le Commissaire européen a dû renoncer à tous ses mandats politiques et Jean-Paul WAHL lui a donc succédé officiellement au mayorat de Jodoigne.

Père de trois enfants, le bourgmestre de Jodoigne est aussi un passionné de livres, de meubles et d’objets anciens. Et parfois, la pipe aux lèvres, il aime gratter la guitare et fredonner une chanson de Brassens. Mais cela, c’est son jardin secret, nous assure-t-il, considérant que l’homme politique doit se préserver en veillant à ce que son espace privé soit réellement privé.

Monsieur Jean-Paul WAHLOpladis : Monsieur le Bourgmestre, la Ville de Jodoigne est une agglomération de l’est du Brabant Wallon, en Hesbaye brabançonne, connue pour ses écoles, certaines traditions gastronomiques comme son boudin vert ou sa tarte au fromage, mais aussi pour un personnage illustre, aujourd’hui Commissaire européen, qui vous a précédé dans ce bureau. Mais Jodoigne, ce n’est pas seulement quelques traditions culinaires et Louis Michel !

Bien sûr ! Et même si Louis Michel a énormément marqué la ville et l'a fait évoluer dans des directions très précises, suscitant un développement toujours d’actualité et qui doit se poursuivre.

Si je dois qualifier Jodoigne, sans m’accorder de priorités dans les définitions que je vais en donner, je dirais que c’est certainement une ville scolaire. Jodoigne-ville (sans compter les villages et la fusion des communes) compte à peu près 4.000 habitants et… 4.000 élèves. Tous les réseaux sont représentés : la Communauté, la Province, la commune et le libre. Cela donne une incontestable animation et un caractère très jeune à la ville.

Deuxième caractéristique: Jodoigne est une ville essentiellement rurale et compte bien le rester. L’Est du Brabant Wallon est une région un peu méconnue. Assez curieusement, d'ailleurs, car il est situé entre deux autoroutes. C’est la Hesbaye brabançonne. On y trouve de vastes étendues, l’agriculture y tient une place considérable et, sans vouloir être pompeux, Jodoigne peut être considérée comme la capitale de l’Est du Brabant Wallon ou, à tout le moins, sa ville-pôle. C’est ici que se trouvent la Justice de Paix, l’Administration des finances et un certain nombre de services publics.

Autre caractéristique: Jodoigne est le berceau de la pierre de Gobertange, extraite dans le hameau du même nom. C’est notamment cette pierre qui a servi à la construction de l’hôtel de ville de Bruxelles, de la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule, de l’hôtel de ville de Louvain et elle est présente partout dans la région de Jodoigne, en particulier sur la grand-place, à laquelle elle donne une luminosité tout à fait particulière. En été, on a presque l’impression de se trouver dans le sud de la France, tant cette pierre est éclatante au soleil.

Gobertange lui-même et le village de Mélin, considéré comme l’un des plus beaux villages de Wallonie, comptent énormément de maisons en pierre de Gobertange, de même que le village tout à fait remarquable de Saint-Remy-Geest. Ce sont autant de lieux où il fait bon se promener.

Mais Jodoigne est également un centre commercial. C’est LA ville commerçante de l’Est du Brabant Wallon. Ses concurrentes sont Tirlemont, juste de l’autre côté de la frontière linguistique, Wavre et Hannut. La grande différence, en raison de notre ruralité, c’est le nombre relativement peu élevé d’habitants: 12.000 à peine sur un très vaste territoire. En comparaison, Wavre compte 3 fois plus d’habitants, mais est deux fois plus petit. Cela donne une idée des dimensions et de cette richesse naturelle que nous voulons absolument préserver. Nous protégeons notre ruralité et nos paysages, mais sans négliger le caractère commercial de la ville et un pôle d’activités économiques que nous souhaitons développer.

Opladis : Vous faites la comparaison avec Wavre. Il est vrai que, lorsqu’on arrive à Wavre, d’une façon ou d’une autre, on rencontre des zonings industriels, des zones consacrées aux bureaux. Par contre, en arrivant à Jodoigne par l’autoroute Bruxelles/Liège, je n’ai rencontré que des villages, de grosses fermes brabançonnes et quelques commerces, mais je n’ai buté dans aucun bâtiment industriel.
Il y en a, mais fort bien intégrés. Le zoning industriel n’est pas énorme même s'il compte pas mal d’entreprises, dont certaines extrêmement performantes, qui fournissent de l’emploi. Nous avons également un projet de création d’une zone économique à cheval sur trois communes : Jodoigne, Hélécine et Orp-Jauche. Cette zone serait proche de l’autoroute Bruxelles/Liège et devrait débuter d’ici quelques années avec les accès routiers nécessaires.

A côté de ça, Jodoigne est malheureusement traversée par une route extrêmement importante: la N 29 Charleroi/Tirlemont, qui assure surtout la liaison entre les deux autoroutes dont nous avons parlé précédemment. Cela représente énormément de poids lourds internationaux. Comme le ring de Bruxelles est en permanence embouteillé, le trafic essaie de trouver d’autres issues et c’en est une en direction de la France, l’Allemagne, etc. C’est devenu extrêmement difficile à gérer. 17.000 véhicules utilisent cette voirie et 40.000 véhicules entrent et sortent de Jodoigne chaque jour. Pour une petite commune et une route à deux bandes, c’est très difficile à supporter. Un projet de contournement routier devrait permettre de mettre la ville en valeur sans créer de préjudices aux villages et le tracé a l’air fort bien étudié.

Les deux grands axes d'accès ne sont pas particulièrement beaux. Quand on ne fait que traverser Jodoigne, on n’a pas le sentiment de découvrir une ville extraordinaire, mais j'invite les passants à rentrer dans le cœur de la ville, à se rendre sur la grand-place, à aller voir l’église Saint-Médard et tous les quartiers commerçants du centre, où il fait réellement bon vivre. On a envie de se promener, de flâner.

A l’avenir, quand nous aurons ce fameux contournement, on pourra aménager l’ensemble de la ville d’une manière beaucoup plus agréable, alors qu'aujourd’hui, c’est presque une autoroute urbaine. En ce qui concerne les villages aux alentours, nous visons le tourisme d’un jour. Les habitants sont chaleureux et accueillants.
Une des caractéristiques, mais elle vaut pour tout le Brabant Wallon, c’est le nombre de nouveaux habitants. En 2004, nous avons ainsi accueilli 600 nouveaux habitants. La majorité d’entre eux viennent des régions bruxelloise et flamande et ils s’intègrent fort bien. Nous ne connaissons pas de difficulté d’intégration avec la population d’origine. Nous essayons d’éviter de devenir une commune-dortoir, c’est-à-dire dénuée d’activités. Certaines communes du Brabant Wallon ont désormais surtout une vocation résidentielle. Ici, nous essayons de maintenir un juste équilibre entre l’accueil des nouveaux habitants (qui assurent certaines rentrées et participent à la dynamique de la commune) et les activités agricoles et commerciales.

Il faut qu’il y ait des services, que les jeunes Jodoignois puissent continuer à vivre ici sans être freinés par le coût trop élevé des immeubles et terrains à bâtir. Il faut qu’ils aient l’opportunité de s’installer et de trouver une activité professionnelle. C’est pour cela que le fait d’avoir dans l’Est du Brabant Wallon une zone d’activités économiques va apporter beaucoup de bien-être.

Nous avons également procédé à des estimations. Sans modifier les plans de secteurs et d’aménagement existants, nous devrions arriver à 15.000 habitants sans altérer le caractère rural de la commune. Ajoutons que nous rendons de nombreux services à une population extérieure. Ainsi, le hall des sports ! Il est fréquenté par 40.000 personnes par an, dont plus de la moitié n’habitent pas à Jodoigne. Même chose pour l’Académie de musique: un peu plus de 400 élèves, dont la moitié n’habitent pas ici. Mais nous les accueillons avec beaucoup de plaisir, parce que ça fait partie du rôle d’une ville comme la nôtre et, qu’à côté de ça, il y a des retombées pour le commerce, l’Horeca, la dynamique de la ville.

Nous essayons d’être attractifs, de proposer des événements culturels de qualité. Il ne s’agit pas de rivaliser avec le Théâtre de la Monnaie ou l’Opéra royal de Wallonie, mais nous parvenons à avoir presque toutes les semaines des spectacles de haut niveau, des représentations théâtrales, des concerts de musique classique ou de jazz. Nous avons même un cinéma, qui attire beaucoup de monde. Le hall des sports nous a aussi permis d’organiser des événements d’envergure en recevant, par exemple, Patricia Kaas, Jean-Jacques Goldman et d’autres artistes de renom.

Opladis : Parlons à présent des seniors. Quelle est la part de la population de plus de 60 ans ?
Les chiffres se modifient puisque nous accueillons sans cesse de nouveaux habitants. Ce sont généralement des jeunes ménages ou des personnes dans la trentaine ou la quarantaine. Les seniors doivent avoisiner le quart de la population totale de Jodoigne.

Pour eux aussi, nous essayons d’organiser des services et activités. Les deux maisons de repos du CPAS totalisent 75 lits. Il y a également une maison de repos privée. Nous mettons certaines infrastructures communales à la disposition d’associations comme, par exemple, des clubs de cartes. Il y a des associations de personnes âgées dans les villages et nous essayons aussi de leur mettre des locaux à disposition.

A côté de ça, Louis Michel a créé le "taxi-senior". Chaque année, les personnes de + de 60 ans ou celles qui ont des difficultés à se déplacer reçoivent une carte avec des cases à cocher. S'ils ont des déplacements à faire pour aller à l'hôpital, dans leur famille, ou même faire des courses, ils peuvent appeler un "taxi-senior". Nous en avons deux, qui circulent sur l’ensemble de l’entité de Jodoigne avec des chauffeurs. Ce service fonctionne extrêmement bien et il s’est développé dans d’autres communes du Brabant Wallon, comme à Beauvechain, par exemple.

Opladis : Si, contrairement à certaines grandes villes, les seniors de Jodoigne n’ont pas l’appréhension de prendre les transports en commun, ils rencontrent par contre des problèmes de mobilité, liés aux distances entre neuf villages d'une entité qui s'étend sur plus de 7.000 hectares.
Cette difficulté existe, c’est vrai. Il y a trop peu de liaisons de transports publics entre les villages et le centre-ville. Nous sommes desservis, d’une part par les TEC, de l’autre par De Lijn, ce qui permet à beaucoup de personnes qui prennent le train pour Bruxelles de rallier la gare de Tirlemont. Nous essayons de trouver une solution avec les TEC. Ils ont un mécanisme de minibus co-financé par les communes, ce qui permet d’avoir des trajets plus locaux et plus fréquents. Notre difficulté, c’est les neuf villages de Jodoigne qui sont répartis autour du centre-ville, à des distances parfois assez longues. Faire le tour de tous les villages met pas mal de temps. Pour assurer un service correct, nous devrions donc avoir plusieurs minibus. Ceci dit, les liaisons normales ne sont pas mauvaises, mais elles gagneraient à être améliorées.

Opladis : Quant à la participation des seniors à la vie communale : avez-vous un Conseil de seniors ou d’autres instances qui permettent de les interroger sur leurs besoins et leurs attentes ?
Il n’y a pas d’instance en tant que telle. Nous avions envisagé de créer une sorte de Conseil communal des seniors, mais nous ne l’avons pas fait à ce jour parce que nous avons la chance de rester une petite ville où les gens se connaissent et où les contacts sont fréquents, pour ne pas dire permanents. Les mandataires politiques, quel que soit leur bord, font l’effort d’aller à leurs réunions, de les écouter, de leur rendre visite. Nous sommes attentifs à leurs demandes. Par exemple, chaque année, nous organisons l’opération « Entraide hiver ». Lorsqu’une personne est isolée, les services communaux s’arrangent pour lui apporter des colis et lui venir en aide. Nous essayons d’être toujours à l’écoute des personnes âgées et elles savent qu’elles peuvent nous contacter.

A côté de ces activités publiques, les services-clubs organisent, par exemple, la distribution de repas aux personnes âgées pour le Réveillon de Noël. Il y a donc toute une série d’activités qui, lorsqu’on les met les unes à côté des autres, représentent pas mal de choses. Les personnes âgées qui ne vivent pas en maisons de repos ont aussi la possibilité de bénéficier de certains services proposés par celles-ci, par exemple des repas à prix très compétitifs.

De même, nous avons construit, juste à côté de la maison de repos, des appartements dont les locataires âgés peuvent bénéficier des services de la maison de repos sans en faire pour autant partie. L'entraide est donc possible. Nous avions voulu également organiser un service de repas à domicile, mais une société privée s'en charge déjà à des prix tout à fait raisonnables.

Opladis : Pour nos lecteurs tentés par le tourisme d’un jour, que faut-il voir à Jodoigne ? Le centre-ville est effectivement un centre historique bien conservé avec ses rues typiques. Il y a plusieurs châteaux, à commencer par la maison communale. Quoi d'autre ?

Je conseille de se rendre d'abord à la grand-place, où la Maison du Tourisme est installée dans l’ancien hôtel de ville, un bâtiment réellement remarquable. Ils verront la chapelle du Marché, au clocher hélicoïdal. Il n'en existe que deux en Belgique et de très gros frais vont être prochainement engagés pour restaurer cette chapelle, qui va rester un lieu de culte, mais va également devenir un lieu de culture où l’on organisera des expositions, des spectacles, etc.

Je conseille aussi de se promener, d’aller voir le quartier piétonnier historique très bien conservé de la Gadalle. Et puis, l'hôtel de ville, lui aussi tout à fait remarquable, non loin de la Grand-Place. On ne peut manquer la place et l’église Saint-Médard, très bien préservée. Evidemment, il faut aussi aller visiter les villages aux alentours: Melin, Gobertange, Saint-Rémy-Geest, Jauchelette… Il y a bien sûr le parc du château des Cailloux, tout à fait remarquable et à l'histoire particulièrement intéressante, mais actuellement fermé au public car il s'agit, en fait, du parc de l'athénée royal de Jodoigne. Nous essayons de trouver des solutions pour l'ouvrir à nouveau au public, en plus des trop rares jours de manifestations culturelles où il est accessible actuellement.

Opladis : Sur le plan de la gastronomie, nous sommes à quelques kilomètres de Hoegaarden, bien connue pour sa Blanche. Fait-on de la bière au pays de Jodoigne ?
Nous avons d’excellents contacts avec Hoegaarden (ce qui mérite d’être souligné dans un pays comme le nôtre) et la Confrérie du porc de Piétrain produit sa propre bière. Le village de Piétrain a développé une race de porcs à tâches noires et d'une qualité de viande remarquable, exportée à travers le monde. Or, à côté de la dynamique association d'éleveurs, s'est créé une Confrérie visant à défendre le produit et le labelliser et qui a créé, en même temps, une bière au goût assez amer.

On peut aussi goûter, depuis peu, la bière de l’abbaye de la ferme de la Ramée. Il s’agit d’une des plus grandes fermes en carré du pays dont les toitures, à elles seules, couvrent 1 hectare et qui comporte la plus vaste grange de Belgique. Des manifestations en tout genre y sont organisées et on y trouve une très sympathique taverne où l’on peut déguster cette bière et manger un morceau. Enfin, nous avons une tarte au fromage très légère et notre célèbre boudin vert, bien entendu.

Opladis : Voilà donc bien des raisons de passer à l’occasion par Jodoigne et de s’y arrêter, pour le plaisir des yeux, mais aussi du palais. Merci Monsieur le Bourgmestre, pour cette intéressante découverte de Jodoigne et de ses villages. Bonne continuation !

Ce fut un plaisir pour moi !

Luc Verton


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