Né à Bressoux en 1951, Jean PIRSOUL est licencié
en sciences commerciales et financières de formation.
Echevin de l’enseignement dès 1977, au moment
des fusions de communes, puis en charge des travaux publics
de 1983 à 1994, Jean PIRSOUL est le bourgmestre d’Orp-Jauche
depuis le 1er janvier 1995.
Il est également, depuis peu, conseiller provincial
MR. Il est par ailleurs le Préfet de l’Athénée
royal de Jodoigne.
Opladis
: Monsieur le Bourgmestre, Orp-Jauche est connu par beaucoup
de Belges pour son moto-cross. Mais je dirais, c’est
bien autre chose. Parlez-nous un peu de cette entité
qui réunit depuis 1977, onze petites communes et hameaux.
Tout à fait. En fait, les seniors s’en souviendront
peut-être, Orp-Jauche était connu par le passé
pour ses productions de matériels agricoles. Citons
les Ateliers Mathieu, les Entreprises de Saint-Hubert, Faco
ou Cofabel, les tracteurs John Deere ou même les poêles
ICO : tout cela a été fabriqué à
Orp-Jauche. Ce sont des entreprises qui, au fil du temps ont
disparu. Il y avait aussi à Orp-Jauche la Laiterie
Gervais-Danone, une sucrerie, une cimenterie, une distillerie
… Toutes ces entreprises pourvoyeuses d’emplois
ont progressivement fermé.
Opladis : Donc avec ce tissu industriel qui a
disparu, Orp-Jauche est redevenu essentiellement, au point
de vue économique, une commune agricole et par ailleurs
- je sais que vous n’aimerez pas le mot - mais un dortoir
pour ces navetteurs en direction de Namur, Liège, Bruxelles,
voire des métropoles flamandes, distantes de peu.
Tout à fait. Je suis devenu échevin pour la
première fois en 1977 au moment des fusions des communes.
La commune comptait alors 6.100 habitants exactement. Le terrain
était à 300 BEF le mètre carré.
Maintenant nous en sommes à 7.500 habitants et à
2.000 BEF le mètre carré.
L’accroissement de notre population résulte donc
d’un afflux de citadins qui fuient la ville et cherchent
des terrains à des prix abordables.
Eux, ils trouvent que 2.000 BEF le mètre carré
est un prix abordable, alors que c’est déjà
fort cher aux yeux des autochtones. Nous constatons même
un nombre croissant de Néerlandophones qui viennent
s’installer à Orp-Jauche parce qu’ils sont
à une demi-heure de Zaventem.
Opladis : A ce rythme, vous risquez un jour d’être
une commune à facilités !
Le risque existe potentiellement ! Mais nous essayons de
lutter contre ce danger de cité-dortoir. Nous ne souhaitons
pas une commune morte, dans laquelle les gens viendraient
pour avoir le bon air et le silence. Et qu’on ne puisse
plus bouger dans la commune ! Donc, nous avons tout misé
sur le tourisme. Nous avons de belles choses à voir
à Orp-Jauche. On a essayé d’une part de
développer tous nos attraits touristiques, d’autre
part, nous allons aussi essayer de créer, avec la complicité
de nos voisins, un centre d’affaires qui devrait pouvoir
donner un peu de dynamisme dans le coin.
Opladis : Parmi cette population de 7.500 habitants,
quelle est la quote-part de vos seniors de plus de 60 ans
?
Nous avons une commune qui compte proportionnellement plus
de seniors qu’ailleurs. Pas beaucoup plus, mais pour
vous donner des chiffres exacts, rappelons qu’en région
wallonne, il y en a environ 16 % de seniors. Chez nous, nous
en avons 16,7%, soit un à deux pourcents en plus que
la moyenne de la province ou des communes qui sont semblables
aux nôtres. Donc, nous avons une commune qui compte
assez bien de seniors.
Opladis : Beaucoup moins toutefois que Ganshoren,
en région bruxelloise, que nous visitions voici quelques
semaines et qui compte 30 % de seniors, soit un pic tout à
fait exceptionnel. Et donc, vis-à-vis de ces 17 % d’Orp-Jauchois
de plus de 60 ans, quelle est la politique que mène
l’autorité publique ?
Une chose qui nous tient à cœur, c’est d’essayer
que ces gens puissent rester dans la commune. Or, nous n’avions
qu’une résidence pour personnes âgées
qui comptait 20 lits et n’était plus rentable.
D’une part, nous sommes en train de transformer cette
résidence et de créer la résidence Malevé,
d’une capacité de 60 lits, qui sera inaugurée
le 29 mai prochain. Ce sont des tout nouveaux bâtiments
qui se terminent et qui ont coûté à peu
près 130 millions BEF à la commune et on s’est
employé à rénover l’ancien bâtiment
et à faire en sorte que les personnes plus âgées
qui ont des difficultés à vivre seules à
la maison puissent être accueillis dans un home situé
dans leur commune.
Ce home, c’est une ASBL qui a été créée
indépendamment de la commune mais 98-99 % des parts
sont communales. Donc c’est une ASBL communale qui est
gérée indépendamment, qui doit être
self-supporting , avec des finances équilibrées,
mais qui est gérée indépendamment de
la commune.
Opladis : C’est une entreprise privée
à actionnariat public ?
Non, non. C’est une initiative privée à
comptabilité séparée. Nous ne tenons
pas du tout à ce que la comptabilité de la résidence
soit intégrée dans le budget communal mais c’est
une intercommunale, une ASBL tout à fait publique et
le conseil d’administration est exclusivement composé
de mandataires politiques, donc de conseillers communaux en
fait.
Opladis : Aujourd’hui, les maisons de retraite
accueillent surtout les plus âgés, mais à
60 ou 70 ans, on est désormais encore très jeune.
On peut rencontrer toutefois certaines difficultés,
être seul, ne pas avoir envie de préparer ses
repas, … Je présume que là aussi vous
avez une politique au niveau du CPAS à destination
de ces gens-là.
Nous avons deux choses. Nous avons dans notre commune une
entreprise qui livre des repas à domicile, pour les
personnes plus âgées à des prix raisonnables.
Je trouve cela important. Et donc chaque personne qui est
seule ou qui ne sait plus cuisiner etc. fait appel à
ce service qui marche très bien. Les gens sont très
contents. Cela, c’est la première chose.
Deuxième chose, en ce qui concerne les activités,
nous avons toute une série de salles qui sont à
la disposition des personnes plus âgées mais
nous voulons qu’il y ait un moteur. Donc, dans chaque
village, il y a un groupe de personnes âgées
qui accueillent son petit comité et qui se voient une
fois par semaine pour jouer aux cartes ou pour d’autres
activités de ce genre. La commune intervient pour veiller
à ce que des locaux soient mis à leur disposition,
mais l’organisation repose sur le bon vouloir de ces
personnes-là. Cela, c’est très important.
Enfin, nous avons ce fameux service qui rassure beaucoup
la population, c’est le service de vigilance.
Opladis : Vous me parliez d’un recentrage
sur le tourisme. Indiquez un peu, pour nos lecteurs, ce qu’il
convient de venir voir à Orp-Jauche, ce qu’il
convient aussi de boire ou de manger qui soit spécifique
à votre entité. Nos
premiers atouts touristiques sont les grottes de Folx-les-Caves,
qui vont connaître une nouvelle vie puisque la province
va les acquérir. Les grottes sont scindées en
deux parties : les grottes du haut, les grottes d’en-bas.
Elles appartiennent à des privés, qui souhaitent
vendre et la province va donc se porter acquéreur.
Opladis : Des grottes qui n’ont rien à
voir avec les grottes naturelles, comme celles de Han ou de
Couvin?
Non, rien du tout.
Opladis : Expliquez-nous un peu leur spécificité.
Ces grottes ne sont pas des grottes naturelles. Elles ont
été créées artificiellement, taillées
dans la roche. Mais la visite des grottes est exceptionnelle,
avec un guide qui vous montre la grotte et en dresse un historique.
C’est passionnant. Et maintenant on va réunir
les deux grottes. On pourra toujours les visiter, mais on
y produira aussi du fromage et une bière champagnisée.
A
côté des grottes de Folx-les-Caves, nous avons
une église romane connue dans toute la province, ainsi
qu’un musée archéologique qu'on voudrait
développer. il existe aussi, à Jandrain, un
musée de la guerre 40-45, parce qu’il y a eu
une bataille entre Allemands et les Français sur le
territoire de ce village.
Opladis : Mais si je vous entends, voilà
des curiosités qui nécessitent quasiment plus
d’une journée. Ceux de nos lecteurs qui souhaiteraient
passer un week-end par exemple à Orp-Jauche, n’y
trouveront pas de grands hôtels de chaînes internationales.
Y a-t-il toutefois des possibilités de gîte rural
?
Nous avons un gîte rural sur la commune. Ce que nous
souhaitons, c’est essayer de créer dans la commune
le tourisme d’un jour : que les gens viennent dans la
commune, puissent y passer toute la journée. Mais nous
n’avons pas l’ambition d’accueillir les
gens plus d’un jour.
Opladis : Et au plan gastronomique, rappelez-nous
vos spécialités.
Nous comptons deux confréries, l’une de mangeurs
de boudin vert, l’autre d’amateurs de champignons,
des champignons qui proviennent des grottes de Folx-les-Caves.
Opladis : Pas mal de bonnes choses, ma foi ! Rendez-vous
à Orp-Jauche un de ces beaux jours, pour déguster
le boudin vert ou le fromage affiné dans les grottes
!
Et des champignons, pour ceux qui ne sont pas amateurs de
fromage….
Opladis : Et l’on peut arroser tout cela
d’une Blanche de Hoegaarden ou d’une bière
de Hélécine, deux communes voisines. Parfait.
Je vous remercie, Monsieur le Bourgmestre. Bonne continuation.
C’est moi qui vous remercie.
Une
interview réalisée le 17 février 2004 par
Memogrames sprl, pour compte de Opladis.