Jean-Luc ROLAND est l’un des rares bourgmestres Ecolo
de Wallonie.
Ce quinquagénaire, Bruxellois de naissance, titulaire
de deux licences (en sciences physiques et en philosophie) a
su concilier sa vie familiale (père de 3 garçons),
sa carrière d’enseignant et de chercheur et son
engagement écologiste de longue date.
Parmi les fondateurs d’Ecolo en 1980, Jean-Luc ROLAND
a occupé diverses fonctions dirigeantes chez les Verts,
notamment secrétaire fédéral à trois
reprises.
Il est le bourgmestre d’Ottignies-Louvain-la-Neuve depuis
2001, à la tête d’une coalition progressiste
(Ecolo, DN-PS et cdH).. Opladis
: Monsieur le Bourgmestre, Ottignies est devenue, depuis quelques
décennies déjà, « Ottignies-LLN »
par l’arrivée de l’Université catholique
de Louvain sur votre territoire. Cette petite ville du Brabant
Wallon à quelques minutes de Wavre est un grand centre
scolaire, parce qu'elle abrite non seulement l’UCL, mais
aussi de nombreuses autres écoles. N'est-ce pas également
un des dortoirs de la capitale
En partie, mais pas seulement! Ottignies s’est développée,
depuis l’après-guerre, essentiellement autour de
la gare qui est, aujourd'hui, la deuxième de Wallonie,
et autour de laquelle, dans un rayon de 5-10 kilomètres,
s’est construit un habitat de type pavillonnaire.
Deux autres facteurs de développement de la ville sont,
bien évidemment, la proximité de Bruxelles et
la venue en 1971/72, de l’Université sur le site
de Louvain-la-Neuve, dont l’originalité est due
à la volonté des autorités de l’époque
de ne pas faire un campus universitaire isolé, mais de
créer un véritable lieu de vie à taille
humaine.
Opladis : Une ville dans la ville……
Tout a fait ! Depuis une quinzaine d’années,
nous avons deux centres urbains. L'ancien, le centre d’Ottignies,
qui s'étend dans la vallée de la Dyle, de la
gare à l’ancien centre de Mousty. Or, lorsqu'en
1977 Limelette, Céroux-Mousty et Ottignies fusionnent,
cela fait déjà 5-6 ans que l’Université
s’est installée, que les premiers bâtiments
de Louvain-la-Neuve sont construits et que quelques centaines
d’habitants non étudiants (qui restent minoritaires
par rapport aux étudiants) vivent là.
Ce
nouveau centre-là va connaître une explosion
exponentielle. Aujourd’hui, en termes démographiques
et sociologiques, cela donne une ville de 30.000 habitants
et 17.000 étudiants de l’enseignement supérieur
et universitaire, dont 9.000 vivant sur Ottignies/Louvain-la-Neuve.
Notre commune abrite donc en réalité près
de 40.000 habitants. Sur le plan sociologique, nous sommes
en Brabant Wallon, la province quasiment la plus riche du
pays. Le niveau des revenus par habitant est cependant légèrement
moins élevé à Ottignies-Louvain-la-Neuve
que chez nos voisins immédiats: je pense notamment
à Lasne, mais aussi à Rixensart, Wavre, Chaumont,
Court-Saint-Etienne et Mont Saint-Guibert. Nous sommes un
cran en dessous parce que, bien qu’étant au centre
du centre, nous avons une population beaucoup plus diversifiée,
allant des revenus faibles voire des statuts précaires
aux très hauts revenus.
L'Université nous vaut également d'accueillir
quelque 130 nationalités, et de nombreuses jeunes familles
au début de leur activité professionnelle. Avec
16.000 salariés et indépendants sur le territoire
communal, dont 4.000 pour l’Université et 4.000
pour le parc scientifique, nous sommes également un
pôle d’emploi. Au sein du parc scientifique, une
grande majorité des entreprises sont en liaison avec
l’un ou l’autre département de l’Université.
Nous
sommes également un pôle culturel. Lors de la
Constitution de la Province du Brabant Wallon en 1995 et de
la répartition des responsabilités et des mandats,
Wavre a, en effet, hérité du chef-lieu et Ottignies/LLN
a été désigné pôle culturel
régional. Nous avons, ces 3/4 dernières années,
connu une extension considérable de l’offre en
matière culturelle.
Opladis : Vous aviez de longue date un centre
culturel très dynamique et, sur le site de l’Université,
il y a le théâtre Jean Vilar…
Sur le site de Louvain-la-Neuve, le théâtre Jean
Vilar connaît un rayonnement qui dépasse largement
la province. Mais ce développement de l’offre
culturelle passe également par nos récentes
3.000 places de cinémas et par l’Aula Magna,
cette prestigieuse salle de spectacles de 1.000 places environ,
les unes comme les autres également situées
sur le site de Louvain-la-Neuve. D’ici un an ou deux,
un centre culturel à vocation musicale devrait encore
voir le jour sur le site de la ferme du Biéreau.
Opladis : On parle de l’Université
et de technopôle. J’ai l’impression que
cela a aussi une influence sur l’habitat. Voyez un quartier
comme celui de Lauzelle… Est-ce la contagion de l’architecture
très particulière du site de l’Université
? On est dans un habitat différent qui attire une bourgeoisie
bohème, des chercheurs, des enseignants, des gens qui
n’ont pas obligatoirement les revenus des cadres des
quartiers à villas de Lasne ou de Waterloo mais qui
sont « des intellos ». Personnellement,
je nuancerais. Mais je voudrais compléter ce que je
disais tout à l’heure. J’évoquais
le pôle culturel, le pôle d’emploi, le pôle
d’enseignement (notons que nous avons aussi 3.700 élèves
de l'enseignement secondaire répartis sur 3 écoles,
dont un des plus gros Athénées de la Communauté
française, ainsi qu'un enseignement communal très
développé de 3.500 élèves), mais
nous avons également un pôle sportif, grâce
au centre sportif de Blocry, le plus importants du Benelux
(1.600.000 entrées par an).
Enfin, nous sommes un pôle de loisirs important, surtout
sur Louvain-la-Neuve qui est à peu près l’un
des seuls endroits du Brabant Wallon où il est possible
de se distraire le soir.
Maintenant, pour revenir à votre question: qui est
attiré par LLN ? LLN est sans doute le seul site urbain
au monde pour lequel il y existe une liste d’attente.
Les gens attendent patiemment plusieurs années avant
de trouver un terrain pour pouvoir construire ou acheter un
appartement. Il y a donc un réel engouement, ce qui
n’est pas sans poser problème, notamment en termes
d’évolution des prix. Il y a environ une dizaine
d’années, le prix de l’immobilier était
plus bas à Ottignies/LLN que dans les communes avoisinantes,
alors qu'aujourd'hui nous avons probablement rejoint ces prix.
L’attraction qu’exerce LLN évolue. Dans
un premier temps (et c’est encore la réalité
aujourd’hui), nous avions des jeunes familles qui avaient
fait leurs études à LLN et qui souhaitaient
y rester au moins quelques années. Je suis personnellement
un exemple de ce phénomène.
Mais depuis une dizaine d’années, un autre type
de public vient s’installer chez nous : des personnes
plus âgées qui découvrent que les services
sont à proximité, qu’il y a une vie intense
(culturelle, sociale). Ce sont des personnes actives, de 60/65
ans voire plus, qui viennent s’établir à
LLN et au centre d’Ottignies en ayant cette perception
que c'est le lieu où l’on ne vieillit pas vu
les possibilités d'activités. Dans les AG de
l’association des habitants, le nombre de cheveux blancs
est désormais extrêmement élevé.
Bien sûr, il y toujours a une surreprésentation
des tranches 18-30 ans mais, pour le reste de la pyramide
des âges, une plus grande homogénéité
est en train de se créer.
Opladis : Au niveau de l’ensemble d’Ottignies/LLN,
quelle est la quote-part de seniors ? Sur une population totale de 29.400 habitants, 4.500
ont plus de 60 ans, soit une proportion de 15 % de la population.
Opladis : Quelles politiques spécifiques
développez-vous en direction des seniors ? La
ville organise assez fréquemment des visites de différents
lieux. Nous avons également des services du type bus
gratuit pour le jour du marché ou pour les activités
qui se déroulent au centre culturel. Il y a une politique
assez active du côté des seniors. Tant à
l’initiative des associations que de la Ville. Nous
n’avons pas de maison de repos publique mais quatre
homes privés tant sur Ottignies que sur LLN. Il y a
également un habitat groupé pour seniors à
LLN. Et des pourparlers sont en cours pour créer un
centre de jour.
Par ailleurs, l'ensemble d’Ottignies/LLN bénéficie
d'une politique urbaine favorable aux seniors. LLN a un schéma
directeur clair. C’est une ville piétonne, très
densément habitée, tout en étant très
verte. Actuellement, un vaste projet d’environ 250 M
d’euros, financés par le privé, est en
cours de réalisation. Il doublera l’hyper-centre
de LLN, et consiste en un grand centre commercial et environ
5.000m2 de logements. La fin de ce chantier est fixée
à l’automne 2005.
Sur le centre d’Ottignies aussi, il existe une volonté
politique de densification, très clairement affirmée
au travers de notre schéma de structure adopté
en 1993. C’est ce qui a conduit la Ville à octroyer
des permis d’urbanisme pour des bâtiments collectifs
de quatre ou cinq étages et non plus pour des maisons
unifamiliales en plein centre. Cette volonté de densifier
s’accompagne d’une volonté de multifonctionnalité
: il s’agit d’assurer la présence dans
le centre ville, non seulement de logements, mais aussi de
commerces, de bureaux, d’activités culturelles
et de loisirs, et d’enseignement.
Je constate que la majorité des personnes qui s’installent
dans le centre d’Ottignies sont des personnes de plus
de 60 ans qui font ce choix, une fois que les enfants ont
quitté le domicile familial. Ils font le constat qu’ils
se retrouvent dans une habitation devenue trop vaste, demandant
parfois trop d’entretien, et décident de s’installer
dans un centre agréable et à proximité
des services.
Opladis : Et pour les seniors qui seraient tentés
de passer par Ottignies-Louvain-la-Neuve. Que leur conseilleriez-vous
de voir ? Dans quel sens faut-il faire la visite ? Que faut-il
absolument ne pas manquer ? Avez-vous, par exemple, une association
qui s’occupe d’organiser des visites guidées
de votre patrimoine architectural ?
Nous avons un tissu associatif très actif (Atoutage,
les Aînés en fête, ou encore les différentes
associations de pensionnés), dont on peut prendre connaissance
sur le site Internet de la Ville.
Quant
à savoir ce qu’il y a à voir chez nous,
je dirais que tout dépend de ce qui attire le senior.
S’il désire venir y habiter, il faut absolument
qu’il vienne voir nos deux centres. Beaucoup succombent
au charme de leurs facilités d’accès,
de leurs services, de leur vitalité. Je pense aussi
à leur qualité urbanistique et architecturale,
à l’intense activité culturelle qui attire
tous les publics, qu’il s’agisse du Centre culturel,
du théâtre Jean Vilar, des salles de cinéma
ou des très nombreuses conférences organisées
chaque soir. Il y a également l’Université
des Aînés qui attire un public extrêmement
nombreux.
En ce qui concerne les lieux à visiter: sur l’ouest,
nous avons un très beau patrimoine à caractère
rural, en particulier avec le village de Céroux et
notamment sa superbe place arborée, d’où
partent encore régulièrement des montgolfières.
Le bois de Lauzelle (200 ha gérés par l’Université)
et le bois des Rêves (Domaine provincial) sont de splendides
poumons verts abritant une riche biodiversité, propices
au calme, à la découverte de la nature et à
la promenade ou au jogging. Depuis quelques années,
nous réhabilitons également tout un réseau
de sentiers. Voilà pour les itinéraires bucoliques.
Sur l’est, bien sûr, c’est LLN avec encore
quelques a priori à casser .Venez visiter LLN, la dalle
piétonne, les quartiers résidentiels, le lac,
et découvrez cette belle intégration de l’habitat
sur un schéma de ville à l’italienne.
Au centre d’Ottignies, vous trouverez quelques exemples
d’un patrimoine industriel ou para industriel, comme
la gare d’Ottignies ou, le long de la Dyle, des anciennes
tanneries. Plusieurs projets importants concernent cette partie
de notre territoire, avec cette idée centrale de revaloriser
la Dyle, qui passe en plein centre ville, mais qui a été
comme oubliée jusqu’à présent.
Enfin, nous avons également de grandes et belles fermes
brabançonnes, dont certaines ont été
reconverties, comme la ferme de Blocry (théâtre),
du Biéreau (musique : en cours de rénovation)
ou du Douaire (centre culturel et bibliothèque). Il
y a là tous les ingrédients de lieux de vie
agréables, intenses et passionnants. Et de quoi satisfaire
tous les goûts. Pour toutes les générations.
Opladis : Merci pour toutes ces précisions,
Monsieur le Bourgmestre, et bonne continuation !
C’est moi qui vous remercie de l’intérêt
que vous réservez à notre ville.
Une
interview réalisée le 09 juillet 2004 par Memogrames,
pour compte de Opladis.