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  WOLUWE-SAINT-LAMBERT
> La commune de
Woluwe-Saint-Lambert

Monsieur Georges DESIR

Monsieur Charels AUBECQ, bourgmestre de Wavre

Le bourgmestre de Woluwe-Saint-Lambert, Georges Désir, ancien animateur de télévision (Souvenez-nous de Visa pour le Monde, magnifique émission à vocation culturelle qui mobilisait nos dimanches après-midis!), veille aux destinées de la commune depuis 27 ans.

Né en 1925, le bourgmestre reste un homme dynamique, à la pensée vive et au discours précis. Personnalité en vue du FDF, auquel il adhéra dès sa fondation, il a initié les Fêtes romanes, un incontournable rendez-vous culturel de la vie bruxelloise, chaque année, le week-end le plus proche du 27 septembre, jour de la Fête de la Communauté française de Belgique.

Mayeur depuis mars 1977, ce Liégeois d’origine ayant troqué son adresse ixelloise pour Woluwe-Saint-Lambert lorsque la télévision publique quitta Flagey pour Reyers, a choisi finalement l’engagement politique à sa carrière à la RTB, devenant député courant 1977. Il a ainsi siégé sans interruption en qualité de parlementaire jusqu’en 1999, tantôt à la Chambre, tantôt au Sénat ou comme député régional bruxellois. Il a aussi été Ministre de juin 1989 à fin 1991, dans le premier gouvernement régional bruxellois, conduit par Charles Picqué, où il s’occupait notamment de la politique de l’eau, des monuments et des sites, de la culture et de toutes les matières liées à la vie sociale.

Monsieur Georges DESIROpladis : Monsieur le bourgmestre, Woluwe-Saint-Lambert est situé à l’est de l’agglomération bruxelloise, à proximité de Woluwe-Saint-Pierre, d’Evere, ou encore de Zaventem et de ses avions… Mais, au niveau sociologique, a contrario d’une idée souvent répandue, Woluwe-Saint-Lambert n'est pas sa voisine Woluwe-Saint-Pierre.
C’est effectivement assez différent. On a l’habitude de dire que l’Est de Bruxelles englobe des communes riches. J'aimerais qu’on élimine « riche » de tout vocabulaire de comparaison. Il y a une énorme différence entre le standing moyen de Woluwe-Saint-Pierre, d'Auderghem ou d’Uccle et Woluwe-Saint-Lambert qui se rapproche beaucoup plus d’Evere, notamment parce que nos logements sociaux sont extrêmement nombreux. Ils se répartissent entre trois sociétés:, « L’habitation moderne » -la plus importante- , « Le Kapelleveld » et « Les Locataires réunis », soit environ 15 % de la population. C’est énorme. 15 % qui ne paient pas d’impôts du tout ou très peu d’impôts. Ajoutons à cela 50 ha occupés par le site universitaire, totalement exonérés d’impôts, et tous les bâtiments publics ou parapublics qui bénéficient de la même générosité.

Il est évident qu’à partir de ce moment-là, le terme « riche » doit être totalement effacé du vocabulaire. En réalité, c’est l’ensemble de la population qui supporte cette espèce d’égalisation, de solidarité, que l’on essaie de prôner à travers les 19 communes de Bruxelles et c’est difficile d’arriver à une juste mesure. Un centime additionnel de précompte immobilier n’a pas la même valeur à l’Est qu’à l’Ouest, au Sud qu'au Nord. Il en est de même du pourcentage de l’impôt personnel. Nous sommes en dessous de la moyenne : c’est apparemment très bien mais il est évident qu’1% de l’impôt personnel varie selon les communes. Tout ça est proportionnel.

Opladis : Selon que vos concitoyens se situent, au plan fiscal, dans les déciles supérieures ou inférieures, on n’obtient effectivement des résultats fort différents avec un même pourcent.
Si vous prenez la plupart des grandes sociétés bien connues de notre commune, que ce soit Tractebel ou le Shopping Center (environ 160 propriétaires ou locataires de surfaces de vente), la plupart ne contribuent pas du tout à l’impôt personnel parce qu’ils habitent un peu partout dans l’agglomération ou en dehors. Seul l’impôt foncier intervient.

Opladis : L'environnement de Woluwe-Saint-Lambert est assez paradoxal. Vous souffrez du survol des avions de Zaventem, mais, par contre, vous avez la belle vallée de la Woluwe, avec des quartiers verdoyants qui invitent à la promenade.
Le parc Georges Henry Depuis 27 ans que je suis bourgmestre, j’applique une espèce de règle de vie qui se traduit par le terme « équilibre ». J’essaie de maintenir l’équilibre entre des zones encore suffisamment aérées, donc plus ou moins vertes (le parc de Roodebeek, celui de la Woluwe, les environs du site Hof-ter-Musschen, le nouveau parc Georges Henry créé depuis que je suis bourgmestre, etc.), mais d'autre part, il y a effectivement une densification de la population, renforcée par une 3ème composante indispensable : la création d'emploi par l'implantation d'entreprises. Cette politique est évidemment combattue, mais avec des arguments un peu faciles, par les Ecolos qui refusent les entreprises…

Mais de quoi vit-on, alors ? Il faut que l’emploi se développe sur le territoire de la commune, sinon ça devient une commune-dortoir et une commune où il fait bon se promener de temps à autre, mais de quoi vit-elle ? Il faut équilibrer, payer la police, les réfections de trottoirs, les routes, toute une série d’obligations que l’on traduit un peu simplement sous le terme de « travaux publics ».

Et il n’y a pas que ça : il y a le temps des loisirs, extrêmement important pour une population qui va à l’école au moins jusqu’à 18 ans sinon jusqu’à 25, qui prend sa retraite à 50 ou 55 ans mais qui va vivre jusqu’à 100 ans... Pour engager des jeunes de 21 ans, qui sortent de l’école et se contentent d’un salaire moindre. Je ne suis pas certain que cela soit équilibré parce que ce sont quand même les jeunes qui, à un moment donné, vont devoir supporter le poids des pensions du reste de la population.

Le château MalouOpladis : C’est un très long débat qui nécessite plus que notre rubrique « Paroles de Bourgmestres » ….
Je sais et on ne fait que l’entamer parce que nous nous apercevons que maintenant nous recevons, de la part de l’Union européenne, des recommandations un peu alarmistes qui nous disent « Attention, vous êtes en train de créer un fossé que vous n’allez pas pouvoir combler avec vos propres ressources. »

Opladis : Puisque nous parlons des seniors : sur une population qui approche les 50.000 habitants, il y en a au moins 10.000 puisque vous avez une association qui s’appelle « Wolu 10.000 ».
Faites le calcul. J’ai essayé de faire une petite remise en l’état. Pour les plus de 60 ans, nous en sommes à 24%. Pratiquement le quart de notre population a plus de 60 ans.

Opladis : Ce qui vous place au dessus de la moyenne…
Légèrement au dessus, oui. Evidemment, en ce qui concerne la jeunesse, nous sommes dans la moyenne. Il y a aussi 1/4 au moins de la population qui n’a pas 18 ans. Donc le poids de tout ce qui concerne la vie de tous les jours est sur les épaules de la population intermédiaire… qui continue à étudier jusqu’à 25-30 ans. Donc, en définitive, le poids réel des charges sociales locales, nationales, fédérales, employez le mot que vous voulez, repose sur moins de la moitié de la population. C’est trop !

L'hôtel communal de Woluwé-Saint-LambertOpladis : C’est probable… En consultant votre site Web, j’ai pu constater que les seniors de Woluwe-Saint-Lambert ont à leur disposition tout un panel d’activités et de services.
Nous avons poursuivi certaines traditions. Mais, dès mon arrivée à la tête de la commune, nous avons créé l'association Wolu 10.000. C’est un chiffre très simple. Déjà, il y a 27 ans, il y avait 10.000 personnes de plus de 60 ans. Aujourd’hui, ça augmente, bien entendu, et nous avons pensé que le temps libre qui leur était laissé par la force des choses doit être utilisé jusqu’à ce qu’ils atteignent peut-être un âge où ils deviennent dépendants.

Aussi longtemps qu’ils ont une certaine indépendance, à la fois de déplacements, de distractions possibles, d’utilisations, parfois de retour à d’anciennes amours sur un plan artisanal qu’ils veulent re-pratiquer, nous avons une possibilité d’action. C'est ce que nous avons fait et ça n’arrête pas, même si , peut-être, ce n’est pas bien connu dans l’agglomération. Ca se traduit par des conférences, des apprentissages, de petits ou de grands déplacements, encadrés par du personnel communal, mais aussi par des bénévoles qui se réalisent ainsi à travers ces activités que nous promouvons. Il n’y a pas que le sport, qu’on pratique pendant une certaine période de sa vie. Il n’y a pas que l’école.

Moulin de Lindekemale Et on ne peut se limiter au travail ni se contenter, bien que vous ayez affaire à un homme de l'audiovisuel, à rester assis pendant des heures devant son poste de télévision. C’est pareil d'ailleurs aussi pour les jeunes enfants qui la regardent parfois trop, sans un contrôle suffisant des parents et que l’on retrouve fatigués le lendemain à l’école. La télévision a évidemment des côtés extrêmement positifs: c’est notamment une fenêtre ouverte sur le monde, mais il y a tant d'autres choses à faire à côté !

Opladis : A l’occasion des élections du 13 juin dernier, Websenior avait parcouru les programmes des différents partis et constaté que tous les partis démocratiques avançaient la nécessité du maintien le plus longtemps possible des seniors à domicile. Je constate que vous, à WOLUWE-SAINT-LAMBERT, vous êtes déjà passés à l’action puisque vous venez récemment de créer une cellule baptisée « Aide au maintien à domicile », que vous proposez, classiquement, des repas à domicile et que vous avez aussi 2 restaurants communaux pouvant accueillir les seniors. Vous favorisez l’utilisation de la télévigilance, vous proposez le petit entretien du logement par des ALE et des ouvriers communaux et vous avez même organisé quelque chose que je n’ai encore jamais rencontré dans mes périples chez les bourgmestres, c’est le service « courses ».
Oui. C’est une forme d’aide que, via l’ALE ou un autre système, qu’on peut très bien rencontrer puisque c’est un tarif horaire. En divisant la population en 3 grandes catégories, c’est toujours le même principe : il y a la période de dépendance de l'enfance qui va jusqu’à 8- 9 ans (un peu plus actuellement à cause de l’affaire Dutroux) et la période de dépendance en fin de vie. Celle-ci varie selon les cas et peut commencer à 60 ans, 70 ans, 80 ans ou au-delà. Il y a nécessité absolue que la société prenne en charge ceux qui sont dépendants. Ce sont les crèches ou les garderies pendant un certain temps et, à la fin, le home. Mais avant d'arriver là, il y a tout ce qui accompagne la fin de la vie du citoyen ou de la citoyenne, que nous avons pour objectif de rendre le moins rapidement dépendants possible. A l'exemple des familles d'immigrés d’origine italienne ou nord-africaine qui gardent les personnes âgées le plus longtemps possible à domicile ! Mais il faut les aider.

Opladis : C’est dans la culture méditerranéenne…
Le SlotOui et d’autres cultures aussi : africaine, latino-américaine, asiatique, etc. Il est évident que le maintien de la personne âgée à domicile y est facilité par la prise en charge par une famille souvent nombreuse où l’on peut diviser les tâches. D’ailleurs, dans le tiers-monde, il n'existe pas de homes pour personnes âgées. Le vieillard est respecté. Les premiers cheveux blancs d’un homme ou d'une femme sont automatiquement signes de respect pour les suivants. Il faut bien avouer que ce n’est pas toujours le cas chez nous. Non par égoïsme des enfants (c’est un mot fort), mais par facilité. C’est plus facile de confier le soin d’accompagnement à des institutions que de prendre un relais. Or, si l’on a quatre enfants et que chacun prend sa part de responsabilité, c'est tout à fait possible. Ce n’est pas obligatoire. Plutôt une espèce d’obligation alimentaire inversée vis-à-vis des anciens, comme les anciens ont eu vis-à-vis de leurs enfants quand ils étaient petits.

Bref, c’est une règle de vie qui nous inspire. Et puisque ça n’existe pas d’une manière générale, nous pensons que nous devons trouver des méthodes de substitution. Bien sûr, certains les refusent. Ce qui nous navre, c’est d’apprendre parfois que des gens qui vivent dans notre société sont retrouvés un jour à l’état de cadavre depuis 10 jours, 15 jours et que les voisins ne s'étaient pas aperçus de leur absence. La société a encore beaucoup à apprendre. Il est impensable que, dans une ville, quelle que soit la ville, quel que soit le pays, on puisse vivre ses derniers moments, sa dernière maladie et disparaître sans le moindre entourage. Ca n’arriverait pas dans un petit village, mais ça arrive, hélas, dans nos villes.

Le Parc des SourcesOpladis : C’est le paradoxe de notre 21ème siècle : on communique par Internet avec quelqu’un qui vit à l’autre bout de la planète et on ne salue plus son voisin.
Exact ! Notre tâche n'est pas facile. Parce qu’il y a le respect de la vie intime des gens. Il ne peut y avoir d’intrusion dans la vie privée mais nous essayons quand même de savoir. C’est peut-être là que la police dans sa fonction de prévention peut jouer un rôle. L’inspecteur de quartier doit être alerté par une anomalie dans le quartier. Or, ce sont les voisins qui, avec un tout petit peu de bonne volonté, peuvent le mieux déceler un comportement inhabituel, une absence, et permettre de déclencher le système de solidarité de la société.

Opladis : Des comportements à réinventer, je crois.
Oui ! Mais certains sont conscients des problèmes. En fait, il y a une énorme différence entre un quartier de Woluwe-Saint-Lambert aux rues bordées de maisons unifamiliales avec, éventuellement, un étage et un locataire supplémentaire, où tout le monde se connaît, où les enfants se fréquentent, où les jardins communiquent, et les immeubles à 3 colonnes de 60 appartements, 180 appartements au total, où les gens qui prennent l’ascenseur pair ne connaissent pas ceux de l’impair. Ce sont deux mondes différents qui cohabitent, mais s'ignorent.

Opladis : Pour nos lecteurs qui seraient tentés, lors d’un passage à Bruxelles, de venir se promener du côté de Woluwe-Saint-Lambert, que leur conseilleriez-vous en dehors d’une « cure de shopping » au Woluwe Shopping Center ?
Nous sommes une ancienne commune périphérique, englobée depuis 1926 dans la Région de Bruxelles-Capitale. La vallée de la Woluwe, qui traverse la commune de part en part, recèle encore de petits joyaux de verdure. Mais il y a aussi la chapelle de Marie la Misérable, le château Malou, la Ferme aux Moineaux, dite Hof-ter-Musschen, le vieux moulin à vent remis en état, la Chancellerie qui est moins connue, le Slot… Il y a aussi les parcs, que je tiens beaucoup à conserver et, heureusement, la région en a repris une partie, de même que la vallée de la Woluwe : si nous avons pu pousser aussi loin la rénovation, c’est grâce à la Région aussi. Entendons-nous, la Région, c’est vous et moi, c’est la contribution de chaque citoyen. Mais c’est très important.

Le moulin à vent Une promenade piétonne et cycliste a, par exemple, été aménagée sur le site de l’ancien chemin de fer menant à Tervuren. C'est d’un calme absolu, avec un écran de verdure tout à fait artificiel puisqu’il a été créé au moment de la création du chemin de fer et non pas, comme certains le croient, sur l'un des derniers vestiges de la Forêt de Soignes.

D’autres endroits encore : nous avons racheté, il n’y a pas tellement longtemps, le Castel, inséré dans un des derniers poumons verts le long du Boulevard Louis Schmitt. De ce lieu associé à une propriété de religieuses, nous avons fait une académie de musique. C’est un endroit qui mérite sinon d’être visité (il y a des activités tous les jours) au moins d’être vu. Nous avons également le Musée communal, installé dans l'ancienne maison du très original M. Devos, à l’entrée du parc de Roodebeek. Tous ces attraits ont été répertoriés par la Région et sont signalés avec des mentions reprenant un bref historique. Là, incontestablement, c’est un domaine à la fois architectural et historique.

Les sites en soi sont insérés, bien évidemment, dans un certain contexte et nous tenons beaucoup à les protéger. Nous avons encore des installations sportives assez exceptionnelles. Le stade Fallon (du nom de mon prédécesseur), où le football est roi et où l’on pratique le rugby et le base-ball (ce qui est très rare à Bruxelles). Nous avons eu tout un temps une équipe féminine de rugby et nous avons actuellement une équipe féminine de football qui vient d’accéder à la division 2. C’est un grand site, assez long, il est très vert et nous ne pouvons que nous féliciter de voir arriver une population qui s’intéresse à nos sports. Surtout, nous y suivons la progression de jeunes, selon les équipes de cadets, minimes et juniors.

Nous venons d'ailleurs de saluer la montée de notre équipe première du White Star, un nom bien connu et très ancien du football, qui avait dégringolé jusqu'en provinciales et qui vient d’accéder en division III nationale, ce qui est évidemment une performance, mais pas sans problèmes pour la gestion de la commune, car il faut répondre à certaines exigences de l’Union Belge. D’autres lieux existent encore pour le sport : le centre sportif de la Woluwe en relation directe avec le campus universitaire de l’UCL qui se trouve à l’extrême nord, près de Zaventem.

Le musée communal Sur le plan culturel, il y a aussi énormément d’activités. Depuis le départ, notre conception de la pratique de la culture ne se base pas sur un bâtiment et des activités que l’on achète. Notre culture est d’abord une culture de participation et, occasionnellement, une culture de spectacle puisque nous avons les fêtes romanes chaque année, les fêtes de la musique et, en dehors de ça, des pratiques quotidiennes de groupes qui s’intéressent à la musique africaine, la peinture, la sculpture, divers arts pas nécessairement pratiqués dans les académies… Ils s’adressent aussi à des gens qui se réalisent parfois à l’âge de la pension en se disant : « Tiens, je savais tenir un pinceau. Maintenant, je vais me remettre à la peinture ». Ceci est valable pour les autres arts et on les enseigne. On fait de la sérigraphie et aussi de l’infographie.

Opladis : Vous avez d’ailleurs une école supérieure consacrée à l’image…
Oui, une école que nous avons maintenue à bout de bras et qui, actuellement, a une très bonne cote. De plus c’est une école communale, ce qui est relativement rare. Une école supérieure d’arts plastiques enseignant la peinture, la sérigraphie, la sculpture, l’infographie, la photographie et les arts connexes. Je ne dis pas que c’est l’équivalent de la Cambre, mais enfin, le niveau s’en rapproche.


L'église Saint-LambertOpladis : Vous avez évoqué les fêtes romanes, pourriez-vous nous en dire un petit peu plus ?
J’en suis un peu l’auteur. Elles se déroulent toujours le week-end le plus proche de la fête officielle de la Communauté française. Pourquoi sont-elles « romanes » ? On a mis deux ou trois ans pour comprendre que le mot « romanité » ne signifiait pas architecture du XIIème siècle mais voulait dire tout simplement tout ce qui est issu du bas latin. Le bas latin, c’est le wallon, c’est le français, le français d’île de France et toute espèce de français, mais aussi l’italien, l’espagnol, le portugais…

C’était donc, alors qu’on ne parlait pas encore de l’Europe des 25, une manière d’associer toute une série d’Etats à ce que nous faisions. Maintenant nous avons dépassé cela puisqu’il y a dans le monde toute une série de gens qui s’expriment en français, qui connaissent de manière très pointue la langue française, qui sont attachés à la littérature française… Il suffit de suivre certaines émissions de jeu à la télévision où peuvent se confronter un Vietnamien, un Libanais et un habitant d'îles lointaines. On est étonné de la façon raffinée avec laquelle ils s’expriment et connaissent toute une série d’éléments fondamentaux de notre culture française. Cela dit, ce n’est pas évidemment un carcan. On est absolument ouverts.

Nos dernières Fêtes romanes étaient consacrées au Congo, l’ex-Congo belge devenu République démocratique du Congo, où la langue française est un moyen tout à fait véhiculaire d’éducation et de transmission, face à toute une série de dialectes extrêmement nombreux. En même temps, connaître le Congo, c’est déjà en soi un objectif qu’il faut essayer de confirmer parce que, bien que les Belges aient été là pendant une centaine d’années, ils étaient souvent confinés dans un petit coin, dans une ville bien déterminée… Je ne nie pas qu’ils ont été à l’origine de pas mal d’établissements mais, même encore aujourd’hui, il m’arrive de rencontrer des Belges qui ont de très bons souvenirs de la période d’avant 60 et qui confessent que, dans cet immense territoire grand comme 80 fois la Belgique, ils ne s’y retrouvaient pas à travers les dialectes. C’est d’une extrême complexité pour nous. C’est un peu comme l’Inde, que l’on a simplifiée en l’uniformisant. On dit l’Inde alors que ce sont les Indes. Depuis la partition avec le Pakistan, c’est devenu l’Inde pour la différencier d’avec le Pakistan, le Bengladesh, etc. C’est très riche, très diversifié.

Donc, les fêtes romanes sont axées essentiellement sur tout ce qui découle du latin, devenu langue véhiculaire à travers l’Europe de l’Ouest. Evidemment, les conséquences sont énormes. Quand on pense que le portugais est actuellement pratiqué au Brésil par 160 ou 170 millions d’habitants, c’est une explosion extraordinaire. Il y a plus, dans le monde, de gens qui parlent couramment le portugais que de gens qui parlent le français. Encore davantage d’hispanophones et d’anglophones, bien entendu.

Opladis : Merci pour toutes ces précisions, Monsieur le Bourgmestre. Bonne continuation.

12/12/2004 [Interview réalisée le 07/07/2004]
Luc Verton

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