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La commune de SAINT-GILLES Monsieur Charles PICQUE
Charles Picqué est né à Etterbeek le
1er novembre 1948. Belette courtoise (pour les scouts) fut
délégué de classe (au collège
St Michel) puis Président des étudiants de
sa faculté (Sciences économiques à l’UCL).
La politique est une passion qui l’habite depuis l’adolescence.
Charles Picqué a commencé sa carrière
politique comme Echevin de l’Urbanisme à Saint-Gilles
(1982-1985) avant de devenir Bourgmestre de cette commune.
Conseiller provincial (1985-1987), puis Député PS
de Bruxelles (1988-1991), il devient Ministre des Affaires
sociales et de la Santé de la Communauté française
(1988-1989). De 1989 et 1995 Charles Picqué exerce
les fonctions de Ministre de la culture de la Communauté française.
Enfin, avant d’entrer au Gouvernement fédéral
comme Commissaire du Gouvernement chargé de la Politique
des Grandes Villes (1999-2000), Charles Picqué dirigea
la Région de Bruxelles-Capitale en tant que Ministre-Président
pendant dix ans (1989-1999). Au moment où nous l’avons
rencontré, il préparait la campagne électorale
des régionales de juin : tête de liste PS, il
brigue à nouveau le mandat de Ministre-Président
de la Région de Bruxelles-Capitale. A suivre après
le 13 juin…
Au plan privé, Charles Picqué est marié et
père de deux petits garçons, il collectionne
les maquettes de châteaux-forts et les vieux robots,
s’intéresse à la vie des fourmis (et à leurs
mégapoles souterraines…) et est un passionné de
lecture et de cinéma.
A lire : l’ouvrage de Pascal SAC, paru en mars 2004
aux Editions Luc Pire : D’Altermondialisme à Zwanze.
L’Abécédaire de Monsieur Bruxelles.
Opladis
: Monsieur le Bourgmestre, sachant que je vous rencontrais aujourd'hui,
j'ai interrogé quelques amis ce week-end, leur demandant
: "Saint-Gilles, à quoi cela vous fait-il penser?"
L'un m'a répondu "Barrière de Saint-Gilles",
le second "Parvis", le troisième "Prison",
le quatrième "Marché du Midi ", mais
tous m’ont également cité "Charles
Picqué".
Saint-Gilles, c'est une commune à multiples facettes
puisque, sur votre territoire, vous accueillez aussi bien la
gare du Midi qu’une partie de l'avenue Louise, vous avez
des quartiers que l'on peut qualifier de populaires et d'autres
qui le sont nettement moins. Présentez-nous brièvement
votre commune, s’il vous plaît.
Saint-Gilles est une commune assez atypique. D'abord, c'est
la commune la plus densément bâtie et la plus densément
habitée de Belgique. C'est dire qu’elle garde la
trace de l'ancien parcellaire, de l'ancienne morphologie de
la ville du début du siècle.
Un certain nombre de communes de la deuxième couronne
à Bruxelles se sont étendues facilement puisqu'elles
n'étaient pas construites jusque très tard au
vingtième siècle ou en partie seulement. Par contre
les communes de la première couronne à Bruxelles,
évidemment, avaient déjà leur situation
morphologique finalisée, leur patrimoine figé.
Certes, certaines communes de cette première couronne
ont des prolongements plus loin, vers la périphérie
: je pense à Anderlecht ou Molenbeek qui jouxtent le
Pentagone, c'est-à-dire le centre, mais, en même
temps, ont un territoire qui s'étend jusqu'à la
limite de Bruxelles-Capitale, là où il existait
des possibilités de lotissements, de constructions. A
l’opposé, des communes comme Saint-Josse, Saint-Gilles
ou Etterbeek sont très urbanisées, car elles l’ont
été complètement, je dirais, déjà
à la fin du dix-neuvième siècle.
Opladis
: Et cela sur un territoire relativement restreint pour ce
qui est de Saint-Gilles, seulement 2,5 km², je pense.
Exactement. Donc, une commune densément bâtie
qui a aussi échappé à beaucoup de destructions.
Nous sommes la première commune qui a pu empêcher
la destruction de son patrimoine urbanistique par le tracé
du métro, ce qui n'a pas toujours été
vrai dans d'autres communes. Saint-Gilles a été
en effet la première, lorsqu'elle a été
traversée par le métro, à exiger la reconstruction
en surface de 85% des immeubles que le métro avait
dû faire abattre pour passer ou à négocier
que les travaux se fassent exclusivement en sous-sol, de manière
à ne pas laisser de cicatrices dans le tissu urbain.
Saint-Gilles est aussi atypique en ce sens qu'elle est d'abord
probablement la commune la plus cosmopolite d'Europe - du
moins dans les communes d'une quelconque importance - puisque
nous avons ici une importante population d'origine étrangère,
mais que nous avons surtout – c'est cela qui fait notre
caractéristique – des groupes d'origines étrangères
multiples. Souvent, on retrouve dans une commune seulement
une ou deux communautés étrangères :
ce n ‘est pas notre cas. Saint-Gilles est, par exemple,
la commune où il y a plus d'Européens non belges
que de non Européens. A Saint-Gilles, vous trouvez
non seulement une importante communauté marocaine,
mais aussi la communauté portugaise, très nombreuse
ici, la communautés espagnole, italienne, française,
grecque… Une communauté subsaharienne assez importante
aussi et une communauté des pays de l'Est, qui commence
à émerger…
Opladis : Beaucoup de Polonais, notamment…
Oui, exactement. Et donc, Saint-Gilles est, en terme d'origines,
la commune la plus diversifiée de Belgique, voire l’une
des communes d'Europe parmi les plus cosmopolites. C'est tout
le débat, évidemment, de l'interculturalité
qui est posé et qui exige des politiques à la
fois culturelles, sociales, éducatives, etc.
Saint-gilles
est une commune pauvre aussi, même si son apparence
est peut-être trompeuse, dans la mesure où la
commune s'est fort rénovée en une vingtaine
d'années. Mais le revenu des habitants reste parmi
les plus bas de Belgique. Et nous sommes aussi une commune
qui est pauvre, dans le sens où nous souffrons d'un
problème que les gens ignorent souvent, c'est que beaucoup
de bâtiments et de terrains situés à Saint-Gilles
sont exonérés du précompte immobilier.
Vous avez parlé de la gare du Midi, soit une surface
immense, mais on pourrait aussi citer les prisons, bien sûr.
Donc nous sommes une commune dont le revenu moyen est assez
bas et dont les recettes fiscales sont assez basses par rapport
aux autres communes de la région, voire en Belgique.
Opladis : Saint-Gilles, commune pauvre au plan
financier, mais riche au plan historique et patrimonial…. Saint-Gilles
possède effectivement un patrimoine architectural assez
remarquable, parmi d'autres à Bruxelles. La commune
est caractérisée par le fait qu'il y a très
peu de grands ensembles de logements, tant publics que privés.
Le gabarit de l'habitat saint-gillois est assez traditionnel
: ce sont généralement des maisons de deux ou
trois étages. C'est la conséquence d'une bonne
préservation du tissu bâti, du patrimoine bâti
de la commune.
Saint-Gilles est aussi une commune disposant de beaucoup
d'équipements. On est assez fier bien qu'on ne soit
pas très riche, c'est le moins que l'on puisse dire,
d'avoir pu maintenir sur notre territoire la panoplie presque
complète de toutes les infrastructures que doit compter
une commune. Et cela coûte parfois très cher.
Un bassin de natation, par exemple, c'est très onéreux
pour une commune pauvre. Et nous avons aussi un home, une
grande bibliothèque, une Maison du Livre, un centre
culturel. Nous disposons d’une salle de spectacles et
de répétitions dans l'ancienne Maison du Peuple,
un bâtiment historique situé sur le Parvis de
Saint-Gilles. Nous possédons un hôpital. Et nous
avons un prestigieux stade de football, certes un peu vieillissant,
qui abrite l'Union Saint-Gilloise, mais qui se trouve sur
Forest, ainsi qu’une plaine des sports, sise à
Anderlecht. Car une des caractéristiques de Saint-Gilles,
étant donné l'exiguïté de son territoire,
c'est d'avoir des infrastructures en dehors, mais proches
de la commune.
Opladis : Et la Maison communale dans laquelle
vous nous accueillez est un splendide monument !
Effectivement, Saint-Gilles a aussi un hôtel de ville
prestigieux qui fête, cette année, son centième
anniversaire. Cet hôtel de ville a été
construit par l’architecte Dumont, à qui l’on
doit aussi celui de Schaerbeek..
Opladis
: Des Saint-Gillois m’ont affirmé que la vie
associative était particulièrement dense dans
votre commune…
La commune se caractérise effectivement par un réseau
associatif très dense. Saint-Gilles a la réputation
d'avoir toujours hébergé beaucoup d'associations
travaillant tant dans le secteur social que dans le domaine
culturel. Quand je compare le nombre d'associations par rapport
à l'importance de la commune, je constate que Saint-Gilles
vit très fort aussi à travers son monde associatif.
Opladis : Pas de rue commerçante prestigieuse
ou de Shopping Center à Saint-Gilles, mais la vie commerciale
n’est pas des moindres, cependant !
Notre commune connaît une vie commerciale assez intense.
Saint-Gilles accueille le plus grand marché à
ciel ouvert de Belgique, le marché du Midi, le dimanche
matin, soit un rendez-vous dominical attirant près
de 100.000 personnes aux abords de la gare du Midi. Par ailleurs,
le Parvis de Saint-Gilles constitue un centre commercial populaire.
Mais une des caractéristiques du commerce saint-gillois,
c'est que nous avons aussi sur notre territoire la majeure
partie de ce qu'on appelle le Goulet Louise, avec notamment
une zone horeca, donc de restaurants, importante, qui nous
situe à la troisième ou à la quatrième
place selon les statistiques, en ce qui concerne le séjour
hôtelier, le nombre de débit de boissons, de
restaurants, etc., en région bruxelloise.
Vraiment, Saint-Gilles est une commune très diverse,
très riche de beaucoup de choses, de son histoire aussi,
sur laquelle on reviendra plus tard.
Opladis : Avec un tel laboratoire urbain, on ne
s'étonne plus que son bourgmestre, lorsqu'il a été
ministre fédéral, était chargé
de la politique des grandes villes…
Je ne sais… Mon intérêt pour la gestion
des grandes villes et pour les problèmes que les grandes
villes contemporaines accumulent est ancien… avant même
que je m’engage en politique. Mais je pense avoir été,
dans toute ma vie politique, surtout motivé par ce
thème. Simplement parce que je considère que
le thème des grandes villes aujourd'hui incarne finalement
tous les grands problèmes de société
qu'on connaît : problèmes sociaux, problèmes
d'exclusion, mais aussi les problèmes fonctionnels
comme celui de la mobilité, de sécurité
parfois aussi, ou encore les questions liées à
l'accompagnement nécessaire des flux migratoires.
Je pense qu'aujourd'hui les grandes villes sont en train
de se débattre dans des problèmes incroyables.
On voit réapparaître, dans les grandes métropoles,
des misères que l'on croyait combattues définitivement
et éradiquées dans nos grandes cités
comme, par exemple, la grande pauvreté, des problèmes
de santé incroyables, des difficultés terribles
liées à la solitude aussi. Et donc, qui réussit
à gérer bien la ville, on peut le dire, réussit
à bien gérer la société aujourd'hui.
Voilà tout !
C'est vrai, en fin de compte, que Saint-Gilles est un laboratoire
intéressant. D’ailleurs, nous sommes parfois
visités par des sociologues, des chercheurs d'autres
pays, curieux de voir comment nous affrontons un certain nombre
de problèmes. On n'emploie pas des formules magiques.
Je n'ai pas la prétention qu'on soit un exemple, mais
on est en tout cas un espace d'observation intéressant
pour voir quels sont les problèmes et pour observer
comment on tente modestement d'y faire face.
Opladis : Lorsque l'on vient à Saint-Gilles,
deux choses sont frappantes. Dès qu’on lève
les yeux, on est confronté un patrimoine urbanistique
de qualité, avec une unité évidente.
On découvre même des maisons de prestige comme
la maison de Victor Horta. Mais on constate aussi qu'un énorme
effort de rénovation a été entrepris
au niveau des espaces publics. Cela fait partie de votre stratégie,
j'imagine.
Oui, quand je suis devenu bourgmestre en 1985, on a divisé
cette commune en cinq parties, question de méthode
de travail. Et on a essayé , dans chacune de ces cinq
zones, de mettre en route un programme concret en matière
de revalorisation des espaces publics, mais aussi d'incitation
à la rénovation par les privés.
Il faut aussi savoir que nous sommes devenus un grand propriétaire
immobilier de manière à mener des politiques
à caractère social, puisque maintenant la régie
foncière de Saint-Gilles, en charge de la gestion des
maisons et des appartements à caractère social
-c'est-à-dire que les loyers qui y sont demandés
sont évidemment inférieurs que dans le privé,
autrement cela ne représente aucun intérêt
si on ne propose pas des loyers largement inférieurs…-
cette régie foncière compte presque 900 logements,
soit presque la totalité des logements sociaux disponibles
sur la commune. Après le parc immobilier du CPAS de
Bruxelles-ville, c'est le plus gros patrimoine immobilier
communal en région bruxelloise.
Cela nous a permis notamment de faire face à la revalorisation
globale de la commune, parce que, quand on répare
les espaces publics, quand on les entretient, quand on
se donne
une meilleure image, une revalorisation immobilière
survient immanquablement. Je soutiens régulièrement
que ce sont souvent les propriétaires privés
qui louent -et parfois même de manière spéculative-
qui profitent finalement le plus des investissements
que vous
consentez, en tant que pouvoir public, pour redonner une
bonne image au quartier. C'est un vieux principe que
l'on connaît,
que celui de la globalisation des coûts et de la privatisation
des profits. Mais bon… Vous en verrez quelques-uns.
Ne vous en faites pas pour cela. Et donc nous avons beaucoup
rénové. On continue à acquérir
des maisons. On est une des communes qui a le plus investi
dans son espace public, mais il ne faut pas oublier que c'était
nécessaire. Nous avons encore quand même un
problème de
longue date, mais qui est en cours de résolution :
c'est la réhabilitation des abords de la gare du
Midi, après les travaux liés au TGV. Nous
avons obtenu de grosses aides de l'Etat fédéral
-ce n'était
que légitime- pour refaire les espaces publics autour
de la gare du Midi. Des opérations immobilières
ont été menées avec la SNCB et d’autres
le sont actuellement par un opérateur régional.
Mais c'est difficile et l’une de mes sources d'inquiétude
reste objectivement de bien terminer ce quartier du
Midi,
depuis trop longtemps secoué par toutes sortes de
traumatismes. Un des principaux traumatismes a été d'ailleurs
provoqué par les effets d'annonces, dans les années
septante, de ce qu'on allait aménager des voieries
à grand gabarit le long de la gare du Midi.
Cela doit bien nous rappeler qu'une ville est aussi très
susceptible d'évoluer mal, dès lors que le pouvoir
public n'est pas clair sur ses intentions à long terme.
Le fait de dire "On va construire des grandes autoroutes
de pénétration le long de la gare du Midi qui
amèneront à démolir des îlots entiers"
a eu l’effet d’une espèce d'épée
de Damoclès, restée pendante au-dessus de la
tête des propriétaires pendant plusieurs années.
Cet été de fait a évidemment amené
à un défaut d'entretien des bâtiments.
Heureusement, aujourd’hui, on est en train de réparer
ce quartier du Midi : mais cela reste pour moi un chantier
qui est en cours et qui est loin d'être terminé..
Opladis : Quelque chose d'atypique au niveau de
votre commune, c'est votre pyramide des âges. On constate
que plus de soixante pourcents des Saint-Gillois ont moins
de quarante ans et que, par ailleurs, les seniors sont nettement
moins nombreux que la moyenne nationale et a fortiori qu'une
commune comme Ganshoren où ils représentent
30 % de la population. Comment explique-t-on le fait qu'il
n'y ait que 10 % de plus de soixante ans à Saint-Gilles?
Il y a une première lecture à faire, que vous
avez bien comprise, c'est qu'il faut examiner aussi les
structures
démographiques en rapport avec la population d'origine
étrangère. Et donc, quand je regarde les chiffres
de population, je remarque qu'il y a moins de seniors dans
des communes comme Saint-Josse, Schaerbeek, Ixelles, Bruxelles,
Molenbeek, Etterbeek, Forest. Et, par contre, que les personnes
de plus de 60 ans sont plus nombreuses à Ganshoren,
Jette, Auderghem, Uccle, Watermael-Boitsfort ou les deux
Woluwé.
Il est clair que cette courbe correspond aussi à une
courbe de population étrangère. Mais il existe
d'autres facteurs. On a constaté aussi
que la population de Saint-Gilles s'est terriblement rajeunie
en dehors de l'élément que je viens d'évoquer,
en dehors du fait de la natalité des personnes d'origine
étrangère et de leur arrivée dans la
commune.
Opladis : Donc, si je vous entends bien, ce ne
sont pas les seniors qui ont quitté Saint-Gilles, mais
essentiellement beaucoup de jeunes qui sont venus s'y installer.
Oui, on le voit. Exactement. On le voit dans beaucoup de
nos communes où des gens à revenus modestes sont
venus s'installer - il y a des gens qui ont un revenu plus
élevé, mais ils sont plus rares - des gens à
revenus modestes ont choisi notre commune et on a vu, à
Saint-Gilles, dès lors, le retour de familles avec
enfants. La preuve, c'est que nous avons tout à coup
eu un boum de demandes dans les crèches qui n’est
pas seulement lié au fait que les Saint-Gillois avaient
des enfants, mais au fait qu’arrivaient dans la commune
des familles avec enfants, familles immigrées, oui,
mais belges en grand nombre aussi. Et nos écoles ont
été confrontées à des risques
de surpopulation dus à cela, aussi.
Ce
qui s'est passé, c'est qu'on a vu revenir à
Saint-Gilles des propriétaires occupants, c'est-à-dire
de jeunes familles avec des enfants acquérant une maison.
Maintenant, ce phénomène est en train de s'enrayer
pour une raison assez malheureuse, à savoir un prix
de l'immobilier trop élevé. On a eu, pendant
quelques années, une accessibilité à
la propriété, encore raisonnablement possible,
liée à l'attrait que Saint-Gilles avait retrouvé.
Maintenant, les prix ont tendance à flamber et je suis
attristé de voir beaucoup de ménages désireux
de revenir en ville, notamment de venir habiter à Saint-Gilles,
mais qui malheureusement trouvent difficilement des logements
correspondant à leurs revenus.
En conséquence, le faible taux de seniors saint-gillois
s’explique par un double effet à Saint-Gilles
: d’une part, comme pour d'autres communes, la population
immigrée y est plus jeune avec une natalité
plus importante, d’autre part, l'arrivée de nouveaux
Saint-Gillois avec enfants.
Opladis : Les seniors saint-gillois, même
s'ils ne représentent que 10 % de la population, ne
sont pas pour autant négligés par les autorités
communales.
Saint-Gilles a une longue tradition d’initiatives en
faveur de ses seniors . Nous avons non seulement un home public
à Saint-Gilles, mais disposons aussi, rue de Parme,
d’un centre du troisième âge qui marche
du tonnerre et où viennent d'ailleurs en visite des
seniors d'autres communes. Les activités y sont nombreuses
: les inévitables repas, goûters ou excursions,
mais aussi des cours de gymnastique et de yoga, des ateliers
divers, etc. Nous avons un minibus pour transporter les personnes
âgées, un service social, un centre de jour.
Nous collaborons aussi avec le privé, dont plusieurs
maison de repos. La Centrale des Soins à Domicile,
dont le siège social est sur Saint-Gilles, est un partenaire
de la commune.
Le pivot de notre politique du troisième âge,
outre le CPAS et les services des affaires sociales, c'est
notre cercle. Nous avons un boulodrome aussi, où l’on
retrouve quand même pas mal de gens du troisième
âge.
Opladis : Un boulodrome qui porte votre nom, je
crois. Oui, oui, oui. Ce qui fait bien rigoler tout le monde,
d'ailleurs. Et je pense que l'on fait pas mal de choses pour
le troisième
âge. Avec les moyens du bord, je pense qu'on atteint
un bon niveau de satisfaction. La preuve, c'est le succès
que rencontre notamment le Club du troisième âge
de Saint-Gilles.
Opladis : Enfin, voyons un peu l'aspect culturel
: Saint-Gilles est aussi une commune d'artistes.
Oui, nous pensons que requalifier l'image d'une commune passe
d’abord par une politique sociale adéquate, par
une politique d'aménagement d'espaces publics, mais
aussi par une politique du service à la population,
ce qui fait l'attractivité d'une commune. Beaucoup
de gens -dans les études que nous avons menées
pour savoir pourquoi ils venaient à Saint-Gilles- disaient
: "On vient parce qu'il y a un bon réseau scolaire,
il y a une desserte en transports en commun, il y a des équipements
collectifs divers, etc."
Mais la culture est aussi un levier important de revalorisation
de l'image. Et donc, aujourd’hui, beaucoup de gens qui
ne sont pas des artistes aiment bien cette commune du fait
de sa vie culturelle. On a vu aussi y arriver toute une série
de gens qui se sont pris d'affection pour cette commune qui
a, il est vrai, je l'ai dit tantôt, une vie associative
riche, y compris dans le monde culturel, et où toute
une série d'événements s'y déroulent.
D'ailleurs, le grand rêve de beaucoup de gens, de jeunes
notamment, c'est de venir à Saint-Gilles pour y avoir
un loft ou un atelier d'artiste.
Opladis : Donc, un certain nombre d'artistes ont
effectivement leurs ateliers sur Saint-Gilles. Et de longue
date, vous menez une expérience assez innovante, puisque
au mois de mai vous organisez ce que l'on appelle "Parcours
d'Artiste". Expliquez-nous succinctement ce qu'est ce
"Parcours d'Artiste".
Avec d'autres amis, nous sommes partis du principe, du constat
que la culture était un élément important
de ce qu'on appelle aujourd'hui la cohésion sociale,
des liens sociaux, de la vie sociale entre les individus.
Que partager le plaisir d'un événement culturel
était un des grands atouts de la ville, que cela crée
des liens entre les gens. Mais que la culture c'était
quand même, pour beaucoup, quelque chose non pas strictement
inaccessible, mais assez hermétique, souvent consigné
dans des endroits où l’on ne va pas.
L'idée a été d'ouvrir les lieux de travail
des artistes eux-mêmes. "Parcours d'Artiste",
c'est quoi? C'est visiter, pendant trois week-ends, quelque
200 à 250 lieux (cela dépend un peu d'une année
à l'autre). Cet événement est programmé
tous les deux ans. On va donc dans les maisons, dans les ateliers…
Les gens qui y vont sont, bien sûr parfois, des culturels
avertis, des gens intéressés surtout par les
arts plastiques, des collectionneurs, mais ce sont aussi des
gens curieux, qui n'ont jamais été dans une
galerie d'art ou dans un centre culturel pour y voir une exposition
de sculptures ou de peintures, mais qui sont attirés
par cette promenade dans l'intimité des artistes. Parce
que c'est à ce moment-là que les artistes ont
un contact avec eux, leur expliquent leurs méthodes
de travail, leur trajectoires.
Et puis, c'est aussi fondé sur un principe de grande
démocratie culturelle, à savoir que nous ne
sommes pas élitistes. Il y a des grands artistes qui
participent à "Parcours d'Artiste". Certains
se sont fait connaître d'ailleurs grâce à
cette opération et ont parfois maintenant un rayonnement
international, ce qui nous fait plaisir. Ils avaient ouvert
leur atelier, il y a eu des professionnels qui, dans l'ensemble
des gens qui visitaient leur atelier, les ont repérés.
Mais aussi, il y a parfois des gens qui débutent. Tout
le monde n'a pas le même talent, etc. Mais c'est une
grande fête de l'expression, une grande fête de
la spontanéité culturelle.
Et
cela crée d'énormes liens. Par exemple, dans
un quartier, un atelier est accessible, une maison est ouverte
: les gens vont voir. C'est, un peu avant l'heure, la même
idée que "Je visite mon voisin" et autres
intiatives actuelles pour que les gens qui vivent dans la
même rue, le même quartier se rapprochent et se
parlent. A travers "Parcours d'Artiste", on a vu
nettement des gens resserrer des liens dans les quartiers.
Et on a vu vraiment des personnes qui étaient culturellement
très peu sensibilisées faire la rencontre d'un
artiste, qui leur expliquait des choses auxquelles ils n'avaient
jamais songées. Vraiment un brassage de populations
de toutes origines sociales, culturelles ou autres.
Opladis : Que conseilleriez-vous au senior qui,
venant de la province, est de passage à Bruxelles et
décide d’une petite ballade à Saint-Gilles
? Evidemment, le dimanche, il pourra goûter aux saveurs
du monde en visitant le marché que vous évoquiez
tout à l'heure, mais que doit-il voir impérativement
à Saint-Gilles, par ailleurs?
Nous le soulignions précédemment, Saint-Gilles
possède pas mal de beaux immeubles, notamment de maisons
style Horta. Je les inviterais tout d’abord à
visiter le musée Horta, rue Américaine. Sur
l’avenue Brugmann, ils s’arrêteront à
hauteur de l’hôtel Adelon, dû à l’architecte
Brunfaut, et sur le Parvis de Saint-Gilles, ils pourront admirer
la Maison du Peuple de Saint-Gilles, d’une architecture
qui rappelle Horta, puisque réalisée par des
gens issus de son école.
Opladis : Une Maison du Peuple qui a été
totalement rénovée.
Il y a quelque temps, oui. C'est aussi l'occasion de se promener
dans Saint-Gilles parce que, ci et là, on découvre
des ensembles architecturaux de grande qualité, par
exemple rue Vanderschrick, avec un ensemble de maisons de
l'architecte Blaireau. Les abords de la prison sont intéressants
parce que c'est une architecture tout à fait dans le
style Tudor. La prison de Saint-Gilles, cela évoque
souvent des choses négatives, mais il y a une architecture
intéressante à découvrir. Il y a également,
rue de Rome, une ancienne manufacture qui a été
restaurée par la commune et qui rappelle aussi l'architecture
semi industrielle de la fin du siècle passé.
Bref, pas mal de choses à découvrir.
Et puis il y a l'hôtel de ville aussi que l'on peut
visiter. Il suffit de s'adresser à mon secrétariat
et de constituer un groupe d'une dizaine de personnes, pour
obtenir une visite gratuite de l'hôtel de ville de Saint-Gilles.
Nous recevons d'ailleurs assez bien de groupes, notamment
de personnes âgées.
Opladis
: Et le temps de midi ou le soir, on ne meurt pas de faim
à Saint-Gilles ! Je ne vous connais pas de spécialités
spécifiquement saint-gilloises. Par contre, on trouve
des restaurants de toutes les couleurs , représentant
toutes les gastronomies du monde entier.
Oui. Et à tous les prix. Nous avons, dans le quartier
Louise, les bons restaurants, côtés et répertoriés
dans les guides, mais nous avons également, ci et là,
dans tous les quartiers, tant à la chaussée
de Charleroi que dans le bas de Saint-Gilles, des restaurants
à prix accessibles, dont beaucoup de restaurants portugais,
espagnols, italiens, orientaux, avec une grande palette d'offres
en matière culinaire.
Ceux qui souhaitent obtenir plus d’informations ou
la suggestion d’itinéraires à travers
Saint-Gilles peuvent toujours nous interroger, à la
Maison communale : nous les guiderons volontiers. Tout le
monde est le bienvenu! Nous les aiderons à réussir
une bonne journée à Saint-Gilles.
Opladis : Rendez-vous est pris, Monsieur le Bourgmestre.
Merci de votre accueil et à bientôt.
Je vous remercie également.
Une
interview réalisée le 29 mars 2004 par Memogrames
sprl,
pour compte de Opladis.