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> La Vile de Bruxelles

Monsieur Freddy THIELEMANS

Monsieur Freddy THIELEMAN

Né en septembre 1944 à Laeken, Freddy Thielemans, gradué en sciences commerciales, a enseigné les langues germaniques dans plusieurs écoles secondaires de la Ville de Bruxelles à partir de 1966, avant d’être happé par la politique. Il débute son parcours auprès des Jeunes Socialistes. En mars 1983, le Bourgmestre Hervé Brouhon le choisit comme Chef de Cabinet, tandis que la section PS de Bruxelles-Ville en fait son Président. Dès lors, Son entrée effective dans l’arène politique est inévitable et il est élu conseiller communal lors des élections d’octobre 1988.

Il entre d’emblée au collège des Bourgmestre et Echevins. En charge des Beaux-Arts, il a gère les Affaires Culturelles, les Musées Communaux, les Archives, les Bibliothèques et coordonne toutes les activités se déroulant à la Grand-Place. En décembre 1993, le Collège lui attribue de surcroît l'Instruction Publique. Fruit des aléas de la vie politique, Freddy Thielemans devient, le 28 avril 1994, Bourgmestre de la Ville de Bruxelles et ce, jusqu'au 9 janvier 1995. Il réintègre ses fonctions d'Echevin de l'Instruction Publique et des Bibliothèques.

De mai 1995 à juin 1999, il est Conseiller Régional Bruxellois, mandat auquel il renonce après son élection comme Député européen. Mais il reste un municipaliste et, le soir du huit octobre 2000, un changement de majorité à la Ville de Bruxelles le porte au mayorat.

Marié à Cécile Charles, ancienne ballerine de chez Béjart, le Bourgmestre est le père de deux filles, Myra et Camille. Possédant une imposante bibliothèque, ce surprenant polyglotte est un passionné de lecture, aussi féru de poésie que d’essais politiques ou de polars. Par ailleurs, il dessine et fait volontiers des caricatures de ses collègues politiques.

Issu d’une longue lignée d’enseignants bruxellois, le bourgmestre Freddy Thielemans est un humaniste et un laïque convaincu. Grand défenseur des valeurs de la démocratie, il porte sa lutte politique au niveau de l’égalité des chances et prône la solidarité contre l’inhumaine logique du profit. Cultivant le sens des libertés, il croit à la beauté des choses de la vie, des gens et de la geste, et rêve pour ce monde à davantage de sagesse.

Monsieur Freddy THIELEMANOpladis : Monsieur le Bourgmestre, quand on parle de Bruxelles, il y a confusion : on désigne tantôt la capitale de la Belgique ou la Région de Bruxelles-Capitale avec ses dix-neuf communes, mais aussi, souvent, la Commission européenne car son siège est ici. Mais Bruxelles au sens premier, c’est d’abord une entité municipale, la Ville de Bruxelles, dont vous êtes le bourgmestre. C’est bien évidemment de ce Bruxelles-là dont parlons aujourd'hui pour «Paroles de Bourgmestres». Ce Bruxelles n’est plus à présenter. Une multitude de symboles le représentent: le Manneken-Pis, l’Atomium, le Heysel, la petite rue des Bouchers et la plus belle place du monde, avec ce splendide hôtel de ville dans lequel vous nous faites l’honneur de nous accueillir… Mais Bruxelles, ce sont aussi des habitants, près de 142.000, des milliers de navetteurs qui viennent y travailler, des commerces, des flots de touristes, une circulation intense…
C’est une ville dont la densité est extrêmement riche. Il y a encore une trentaine d’années, Bruxelles était une ville au caractère profondément provincial. L’irruption de l’Europe et le fait que s’installent la Commission et le Conseil des ministres a changé beaucoup de choses. Il y a eu une demande culturelle, non seulement des Bruxellois, mais aussi de la part des fonctionnaires européens. Cela a joué de manière fondamentale. Nous sommes, en Europe, la ville qui compte le plus grand nombre de théâtres par habitant. C’est significatif !

Bruxelles est aussi une ville où se côtoient différentes couches sociales : certaines fêtes, comme l’Ommegang ou le Meyboom, ne s’adressent pas du tout au même public. L’Ommegang est une manifestation historico-folklorique basée sur la participation de la noblesse, tandis que le Meyboom, tout aussi historico-folklorique, requiert une participation réelle des anciens du quartier et génère une joie beaucoup plus populaire. Entre ces deux extrêmes, il y a des événements littéraires, d'autres liés à la bande dessinée, des rendez-vous musicaux… Une idée autour du cinéma est actuellement en gestation puisque nous venons d’ouvrir simultanément un bureau de grands événements, mais aussi «Bruxelles Tournages» où peuvent s’adresser ceux qui veulent faire des tournages à Bruxelles.

Et puis, il y a effectivement cette confusion historique entre la Ville de Bruxelles, fusion de quatre entités, à savoir Bruxelles-Ville, Laeken, Neder Over Hembeek et Aaren, et la Région, qui entraîne ce jeu étrange : vu de l’extérieur, tout le monde est bruxellois, tandis qu'à l’intérieur, on est Anderlechtois, Everois, Jettois, etc.

C’est donc une ville très complexe. Plus que Paris, je pense, où l’on parle d'arrondissements, ce qui donne un autre concept à la localisation géographique. Je pense que Bruxelles, sur ces aspects-là, ressemble davantage à Londres. Ceci étant, la ville a manifestement ses identités locales. Les majorités d’une municipalité ne sont pas les mêmes que dans une autre. La ville éprouve cependant un sentiment de globalité. C’est une ville dans laquelle on essaie aussi de travailler à un bien-être général des citoyens.
Quand je suis arrivé, on avait perdu l’habitude d’une certaine forme de fêtes. J’ai voulu réintroduire ça, et pas seulement pour faire la fête, comme le croyaient d’aucuns, mais parce que des événements comme «Plaisirs d’hiver» ou «Bruxelles les Bains» créent de l’emploi, notamment pour ceux qui ont des difficultés à retrouver du travail.

Les gamins qui ont fait des bêtises, qui ont un casier judiciaire et ont envie de se rattraper, ne trouveront presque jamais d’emploi s’ils se présentent dans les filières classiques. Nous, nous leur ouvrons la possibilité de se ressaisir, de se réinsérer dans le milieu de l’emploi, d’avoir un salaire à la fin du mois, des responsabilités, moyennant certaines conditions. Cela marche très bien. Nous visons le chiffre de 150 emplois à temps plein en dehors de tout ce qui existe dans le cadre municipal. Si mes collègues me suivaient, nous pourrions résoudre et absorber pas mal des problèmes de la ville et changer, peut-être, une certaine image.

Bruxelles est aussi la ville de certains technocrates européens qui restent dans leurs quartiers, leur type de restaurants ou de bars… D’où la prolifération, par exemple, de bars irlandais autour du Parlement européen. Cela fait partie aussi d'une ville de plus en plus cosmopolite et qui prend sa dimension mondiale comme toutes les autres grandes villes, en tout cas, comme toutes les capitales européennes.

Autre impact de la présence européenne : l'expression «Bruxelles a décidé que…», si présente dans la bouche des présentateurs des télévisions étrangères, qui nous pose occasionnellement quelques difficultés, parce que les gens confondent parfois le pouvoir municipal avec un certain nombre de décisions prises par la Commission.

C’est la problématique de l’éloignement de la Commission par rapport au public en général, là où un bourgmestre a un contact direct. La Commission commence à le comprendre et cherche à avoir des contacts plus formels avec les bourgmestres parce que, à travers eux, on pourra sans doute empêcher l’extension d’attitudes à la française ou à la hollandaise. Je pense donc qu’il est important de savoir que nous sommes un des moyens de proximité.

Opladis : Ca suppose que vous deviez assumer des contraintes au delà de celles d’une ville. Quand on veut protester contre une décision européenne, on organise une manifestation dans les rues de votre ville. Il faut gérer cela. D’autant que les manifestations se font généralement sur l’axe Nord-Sud et qu’il faut affronter le courroux des commerçants.

Oui et non. Il y a des moments où la manifestation apporte aussi du commerce et pas seulement pour l’Horeca. Les gens voient des magasins qu’ils n’auraient pas aperçus autrement. Et vous savez comment ça se passe : une manifestation, on y entre, on en sort, on y revient, etc. Ce qui est, par contre, certain, c’est qu’il y a trois domaines essentiels où nous dépassons la dimension purement urbaine.

La première, c’est l’enseignement. La Ville de Bruxelles est le deuxième pouvoir organisateur en Belgique, après la Communauté française. Nous avons 33.000 élèves et 4.000 enseignants pour couvrir aussi bien les crèches que le niveau universitaire.

Le deuxième niveau, c’est la police. Nous avons le corps de police le plus lourd du pays et, depuis la réforme, tout le monde sent bien que le bourgmestre de la Ville de Bruxelles encaisse le gros des manifestations.
La troisième, c’est le CPAS. Je vous dirais que, dans le cadre du plan "canicule" que nous avons lancé, nous nous rendons compte qu’il y a même une demande extérieure à Bruxelles. Nous croyions que les gens allaient réagir en fonction de leur situation géographique. Pas du tout ! Des appels viennent d’en dehors de la Région. C’est vous dire si la Ville brille d’une façon particulière: dès qu’elle prend une initiative, son influence ne se limite pas à son seul territoire. C’est interpellant et ça explique le grand besoin exprimé par le Ministre-Président de la Région d’avoir une convergence formelle entre la Ville de Bruxelles et le niveau régional. Si la Ville dérape, la Région suit. Il est clair que si la Région dérape, toutes les communes suivent, mais le budget de la Ville de Bruxelles équivaut au tiers du budget de la Région, alors qu’il y a 19 communes. C'est énorme !

Opladis : D’autant plus que vous ne comptez pas un tiers de la population de la Région, mais plutôt un sixième.
C’est exact ! Mais nous sommes quand même la commune la plus peuplée puisque, en région bruxelloise, les fusions n’ont pas eu lieu comme ce fut le cas pour Anvers, Liège ou Charleroi, entre autres.

Opladis : Parlons maintenant des seniors à Bruxelles. Vous avez notamment, depuis de très nombreuses années, une ASBL d’inspiration communale qui gère 7 centres de contact, si je ne me trompe.
Nous travaillons sur plusieurs niveaux. Nous organisons un travail vers les aînés notamment par le biais de centres de contact, mais nous avons aussi un Conseil du 3ème âge, dans lequel les associations de seniors peuvent venir s’exprimer et indiquer ce que sont leurs desideratas.

Nous disposons probablement d’un des services les plus développés au niveau de l’accueil du 3ème âge dans le cadre du CPAS. C’est d’ailleurs au départ des constats réalisés à ces différents niveaux que nous avons lancé le plan "canicule".

Ce plan est quelque chose de très novateur puisqu’au travers du journal communal, de la presse nationale ou encore de la télévision, nous demandons aux personnes qui connaissent des seniors ou des personnes handicapées en difficulté, n’arrivant pas à se gérer eux mêmes par les chaleurs que nous connaissons actuellement, de nous contacter via un numéro gratuit afin d’organiser un suivi.

Opladis : Quel type de suivi ?
Nous envoyons d’abord un assistant social qui vérifie la réalité de la situation et s’il y a une volonté d’aide. Nous leur fournissons alors l’eau nécessaire pour tenir le coup par rapport à la canicule. Nous nous sommes rendus compte que beaucoup de personnes d’âge ne réalisent plus qu’il faut boire beaucoup d’eau dans ces cas-là.


INFOS PRATIQUES A USAGE DES SENIORS BRUXELLOIS :

Aide aux seniors :

tél. 02 279 34 70.

Locaux de délassement pour retraités : la Ville de Bruxelles met à la disposition des seniors, des locaux de délassement qui sont ouverts du lundi au samedi de 14h à 18h. Renseignements tél. 02 279 34 80

Tickets gratuits de théâtre aux pensionnés bruxellois : Tickets gratuits pour des théâtres bruxellois et certaines autres manifestations culturelles ou sportives. Renseignements : 02 279 34 80 ou au Cabinet de l’échevine : 02 279 46 10.

Asbl Les Centres de Contact – secrétariat : 19, place Sainte-Catherine 1000 Bruxelles Tél. 02 279 36 50 - Fax 02 502 71 85 - e-mail : info@c-c-b.be

Télé-Assistance : Un "pendentif" met immédiatement la personne en contact avec une centrale qui peut apporter directement une aide concrète. Renseignements: tél. 02 279 34 80

Conseil Consultatif du Troisième Age : Le Conseil Consultatif est un organe d'avis, reconnu comme tel par le Conseil Communal. Renseignements tél. 02 279 34 80.

LA LIGNE VERTE - 0800 936 34 - Cette ligne gratuite est mise à la disposition des seniors bruxellois de 8h à 16h.

Opladis : C’est d’ailleurs une des difficultés des maisons de repos, par exemple.
Tout à fait ! C’est pourquoi nous mettons en place ce suivi spécifique. Nous avons même trouvé des systèmes pour arriver à faire boire les personnes. Certaines n’aiment pas a priori l’eau, parce qu’il y a toutes sortes de connotations sociales et donc, il faut qu’on les aide à vouloir boire.
C’est un peu ce que nous allons faire de façon individuelle au domicile des personnes handicapées, des seniors ou des gens en mal de vie, qui nous sont communiquées ou se signalent elles-mêmes. C’est un système fort efficace parce qu’il s’agit d’une collaboration entre la Ville et le CPAS. Pendant les heures de bureau, le CPAS accueille les appels. Après 17h, c’est la police qui les reçoit. Vous avez donc une capacité permanente d’aider les personnes en difficulté. Notre attention aux seniors est extrême. Souvent d’ailleurs, nous glissons du concept du senior vers celui de personne en difficulté, qu’elle soit âgée, handicapée ou mal dans sa peau. C’est un service de solidarité.

Opladis : Au niveau du citoyen, observez-vous une prise de conscience, une réappropriation d’une solidarité qui existait jadis dans le village mais qu’on avait perdu en milieu urbain ?
J’ai l’impression que oui. Les appels ont été nombreux et ils nous viennent même d’au-delà des frontières régionales, où notre impact est tel qu'on nous imite.

De même, avec Bruxelles-les-Bains ! Au début, l’idée était d’aller chercher les gens qui n’avaient pas l’occasion de partir en vacances. Aujourd'hui, des touristes viennent parce qu’ils l'ont lu dans leurs journaux ou parce que l’agence de tourisme le leur a conseillé. Nous dépassons donc l’intention originelle. Nous voulions quelque chose de différent de ce qui est fait avec Paris-Plage, mais là, c’est encore autre chose qui est en train de se créer et je trouve ça merveilleux.

La première année, j’ai rencontré des gens d’Anvers et de Liège qui venaient voir ce qui se passait et j’en ai rencontré d’autres, réticents par rapport à la fréquentation de Bruxelles-les-Bains. La deuxième année, tout le monde venait parce qu’on s’était rendu compte que la sécurité était assurée, grâce notamment aux stewards, qui sont parfois ces gamins qui ont eu des difficultés et à qui nous avons dit: «Ce n’est pas grave, on vous responsabilise et on vous paie pour que vous preniez votre destin en main et que vous ne fassiez plus de bêtises, bien au contraire !».

Cela a détendu l’atmosphère, nous n’avons pas eu d’incidents et ils nous ont aidé à attraper les pickpockets qui traînaient à un moment donné sur le site. Bref, c’est un site complètement sécurisé. Nous faisons donc de la réintégration sociale, de l’intégration ethnique et une ouverture sur le monde puisque c’est un attrait touristique.

Opladis : En parlant d’ouverture ethnique, nous pouvons également citer une autre initiative: la Zinneke parade.
Cette parade est partie du constat qu'à Bruxelles le carnaval n'existait plus et de l’idée de faire de l’intégration par les gosses. Certains quartiers avaient le sentiment d’être totalement délaissés dans le domaine de la fête, lieu de rencontre. La Zinneke Parade a donc été très salutaire sur ce plan-là.
Peut-être qu’elle se cherche un peu sur son destin. Elle a été merveilleuse la première année, pas mal la deuxième fois mais moins puissante, la troisième, peut-être aussi en raison de son succès. Elle a débordé de la seule Ville de Bruxelles et les autres communes organisent maintenant des choses assez comparables. A l’origine, on venait d’autres communes vers le centre de Bruxelles. Je crois que cela a réveillé l’envie de relancer des concepts de carnaval.

Opladis : Il y a aussi ces promenades en rollers qui ne font pas obligatoirement l’unanimité chez les piétons.
C’est vrai ! Mais je pense que, pour la partie qui est vraiment organisée par nous, l’été, c’est la plus disciplinée. Celle-là a un impact et nous le voyons, quand nous passons devant les terrasses des cafés : les gens applaudissent, encouragent, etc.
Il y a ce sentiment d’une intégration du roller dans la ville parce que ce n’est pas le roller fou sur les trottoirs. C’est profondément organisé, encadré par une brigade de policiers en rollers et ça évite que les fous du roller n’entraînent dans des sarabandes impossibles ceux qui ne sont pas suffisamment préparés.

Tout ça est tenu très fort à l’œil et on sépare très nettement ce qui est bicyclette de ce qui est rollers, parce que ce sont des comportements différents. Ce qui est moins agréable pour les piétons, ce sont les rollers de trottoir qui mettent les gens en difficulté.

Opladis : Si je devine votre pensée, ce genre d’initiatives pourrait éduquer les rollers fous à se comporter normalement et à partager les espaces publics.
C’est ce que nous espérons. Il y a d’abord l’annonce des règles. Des policiers veillent à ce qu'elles soient respectées. Ils ont aussi pour tâche d’expliquer pourquoi la règle doit être respectée. A chaque arrêt, on regroupe l’ensemble des rollers et on en profite pour faire le point avec les rollers fous et les responsabiliser. Nous agissons ainsi dans un esprit de prévention.

Opladis : En ce 175ème anniversaire de la Belgique couplé à un 25ème anniversaire de la Belgique fédérale, quelles initiatives a prises la Ville de Bruxelles ?
En concertation avec le Premier Ministre, nous avons imaginé de mettre 175 firmes à l’honneur. Nous nous sommes, pour ce faire, adressés à la FEB, qui est partie à la recherche de ces firmes. Le 22 juin, nous avons organisé une rencontre, où le Roi a accueilli les entrepreneurs belges choisis, qui pouvaient chacun amener 10 personnes à une table qui leur était destinée.

Cela nous a permis d’honorer le domaine industriel qui nous donne de l’emploi. Deuxièmement, une exposition a été organisée autour du même thème. Cette exposition a été aussi une ouverture des firmes vers les jeunes qui cherchent de l’emploi. Troisièmement, c’est aussi un moment où, sur un écran géant circulaire, nous avons montré un raccourci de l’histoire de la Belgique.

C’était une belle façon d’ailleurs de montrer cette convergence d’un certain nombre d'idées, la complémentarité à la fois des acteurs économiques, de ceux qui permettent aux acteurs économiques d'être vus dans Brussels Expo, et ceux qui dirigent politiquement les choses : le bourgmestre, le premier ministre, etc. Nous avons mis tout ça dans une activité globale, incluant aussi, par exemple, le 21 juillet, avec, la veille au soir, des bals ou encore, le 17 juillet, une grande balade moto dans Bruxelles, etc.

Opladis : A un moment où l'Europe éprouve quelques difficultés relationnelles avec les citoyens, où la Belgique, malgré le double anniversaire qu'elle fête, a mis péniblement au frigo de nouvelles querelles linguistiques autour du dossier de Bruxelles-Halle-Vilvorde, quel est le message d'espoir du bourgmestre de la première ville du pays ?
Il y a un double message. Les bourgmestres sont le premier lieu de contact avec les citoyens. Le bourgmestre qui parle de l'Europe avec ses concitoyens fait plus pour l'Europe qu'un certain nombre de discours technocratiques. Il peut expliquer pourquoi il est pro-européen. Il peut aussi exprimer combien il craint certains effets de l'Europe, car rien n'est jamais tout à fait blanc, mais rien n'est jamais tout à fait noir.
Le bourgmestre peut aussi montrer l'histoire de sa ville qui remonte loin dans le temps. Dans les grandes villes comme Anvers, Liège, Gand, Bruxelles, évidement, l'hôtel de ville porte toute une histoire, qui a des similitudes évidentes d’une ville à l’autre.

Nous raconter que l'histoire de la Belgique est le fruit du hasard est une folie. Dire qu'il y a parfois des effets d'éloignement, c'est vrai aussi. A un moment donné, il faut savoir s'il y a encore une volonté politique de s'organiser de telle sorte que des formes de solidarité puissent se poursuivre.

Dans l'histoire, il y a des variations économiques : des régions riches s'appauvrissent, des régions pauvres s'enrichissent. C'est vrai chez nous, c'est vrai en Grande-Bretagne, en Italie… Croire que l'état d'une économie à un moment est le reflet de toute une histoire est une démence. Or c'est ce qu'on fait en Belgique.

Certains ont l'impression que leur richesse actuelle est là pour toujours. Par contre, travailler ensemble, se vendre ensemble vers l'extérieur, avoir des exigences sur la façon dont les choses sont produites, peut-être vouloir se battre pour introduire des clauses sociales dans les droits d'importation, par exemple, au niveau européen, cela vaut la peine d'être tenté.

Mais il est quand même étrange que, d'un côté, on parle de globalisation des marchés et que, de l'autre, on se divise en sous-groupes complètement abscons, qui vont perdre certaines formes de cohérence y compris économiques. Je crois que c'est une vision à courte vue.

Mon espoir est qu'à travers les bourgmestres notamment, pour autant que ceux-ci aient une vision de cohérence historique de leur politique, il y ait encore moyen de sauver quelque chose de ce pays. Je ne suis donc pas totalement désespéré. Mais je dis quand même : "Attention !"

Opladis : Merci, Monsieur le Bourgmestre, pour ce passionnant échange de vues. Nos lecteurs y trouveront assurément matière à réflexion.
C’est moi qui vous remercie.

Propos recueillis le 22 juin 2005, par Luc Verton (Memogrames), pour compte d’Opladis.
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