Dossier
maisons de repos : l’album 'Personnes désorientées'
Le
législateur a également modélisé,
pour la première fois à la fin des années
nonante, la prise en charge des personnes âgées
présentant la particularité de la dépendance
liée à la désorientation. La désorientation*
est définie aujourd’hui par les troubles spatio-temporels...
Est déclarée désorientée, une
personne qui présente des problèmes presque
chaque jour d’orientation dans l’espace et dans
le temps.
Quoique cette définition puisse être nébuleuse
pour le profane, nous conviendrons que les professionnels
de santé utilisent des repères annexes (tels
que difficultés d'expression, dérangement verbal,
perte des notions de bienséance, comportement agité,
comportement destructeur, perturbations du comportement nocturne,
etc.) qui permettent de préciser cette désorientation.
Tout comme les résidences-services le développement
initial de ce type de structures a été effectif
bien avant la définition de son cadre légal
juridique, sous l’appellation habituelle de «
cantous », nés dans le midi de la France**. Les
cantous belges sont d’ailleurs regroupés en association.
Le terme cantou venu en droite ligne du midi français,
désigne l’âtre. Coin du feu qui induit
immédiatement les retrouvailles familiales. Lou cantou
se résume en effet à une grande pièce
dans laquelle le groupe familial évolue. (Cuisine,
cohabitation quotidienne, conversation et éventuellement
animation : tout se passe dans cette pièce jusqu’à
l’heure du coucher ou chacun retrouve sa part d’intimité).
Le concept du cantou « institutionnel » est de
maintenir en activité les personnes désorientées
en les encadrant pour réaliser les taches de la vie
quotidienne (par exemple éplucher des pommes de terre,
faire la cuisine, etc.)
Autrement dit, l’objectif des cantous est de rendre
à ses usagers une autonomie collective face à
la perte d’autonomie individuelle et ce, dans un environnement
protégé et stimulé par le personnel et
la famille.
Si le texte juridique ne fait pas implicitement référence
à ce concept, il apparaît clairement :
a. que l’on retrouve, dans les normes, la philosophie
qui sous-entends la création des cantous !
b. que ces normes semblent bien inspirées des cantous
existants.
Enfin, quoique la population destinée à ce
type de structure soit clairement définie (désorientée),
il semble néanmoins que les usagers, pour en tirer
réellement le meilleur parti, soient triés sur
le volet. En effet, la désorientation lourde, avec
apathie par exemple, ne semble pas y trouver sa juste place.
*Chapitre 7 de l’annexe 2
de 3 DECEMBRE 1998. - Arrêté du Gouvernement
wallon portant exécution du décret du 5 juin
1997 relatif aux maisons de repos, résidences-services
et aux centres d'accueil de jour pour personnes âgées
et portant création du Conseil wallon du troisième
âge (MB, 27 janvier 1999)
**1976, Georges Caussanel imagine d’occuper, au sein
de sa maison de repos, les personnes démentes en les
mobilisant toute la journée par des activités
utiles.
***Protocole d’accord du 9 juin 1997 entre les gouvernements
Fédéral, Communautaires et Régionaux
concernant la politique de la santé à mener
à l’égard des personnes âgées.
09/2003
- DELVECCHIO Lucien - ULB - Laboratoire d’Economie de
la Santé
Administrateur et directeur de MRS et de MRPA