Les poètes chantent depuis des siècles
la complainte des coeurs brisés.
Et bien il semblerait
qu'aujourd'hui, les cardiologues reprennent à leur
compte cette expression.
Le chagrin et un stress trop
important seraient réellement capables de mettre
votre coeur en pièces.
Des émotions trop fortes et la perte d'un être
cher seraient capables de vous briser le coeur. Baptisée
cardiopathie de stress, ce trouble toucherait principalement
les femmes.
Le syndrome du coeur brisé
Les chercheurs décrivent plus précisément
le "syndrome des coeurs brisés" ou "cardiomyopathie
de stress"1., rencontré chez une forte proportion
de femmes ménopausées qui viennent d'être
victimes d'une émotion intense juste avant leur « crise
cardiaque ».
Pour mieux comprendre le phénomène, les
médecins de l’université de Baltimore
ont collecté les électrocardiogrammes et
différents dosages biochimiques de 19 patients
souffrant de cardiomyopathie de stress, caractérisée
par un spasme dans la poitrine et un affaiblissement
général. Parmi les événements
qui avaient été vécus avant l’accident
cardiaque, les chercheurs ont répertorié :
un accident, un vol à main armée, une violente
dispute et même une surprise d'anniversaire ! L'âge
moyen de ces personnes était de 63 ans et 95 % étaient
des femmes. Ils les ont ensuite comparés avec
7 patients atteints "de crises cardiaques classiques".
Une "fausse" crise
cardiaque
Potentiellement
mortel, ce syndrome a un très
bon pronostic à condition de bénéficier
des traitements adéquats. Les images ne révèlent
aucune obstruction des artères alimentant le coeur,
l'examen par les tests sanguins ne réussirent
pas à déceler dans le sang les enzymes
caractéristiques d'un dommage du muscle cardiaque
( infarctus). La capacité cardiaque revient à la
normale dans les deux semaines. En comparaison, la récupération
partielle après une crise cardiaque peut prendre
des semaines ou des mois et fréquemment, le dommage
cardiaque est permanent.
Mais les analyses sanguines révèlent d'autres
surprises, les taux sanguins de plusieurs hormones appelées
catécholamines (en particulier l'adrénaline)
sont deux à trois fois supérieurs aux autres
patients cardiaques et 7 à 34 fois plus importants
que les personnes en bonne santé. Cet afflux anormal
de ces hormones pourrait entraîner la contraction
d'artères coronaires ( autour du cœur), avoir
un effet toxique direct sur le cœur ou entraîner
un afflux soudain de calcium qui crée une dysfonction
temporaire. Trois mécanismes qui se traduiraient
par une atteinte à la capacité de pompage
du coeur. Actuellement, personne ne sait laquelle de
ces trois hypothèses est la bonne… Tout
comme on peine à expliquer pourquoi les femmes
sont plus touchées. Néanmoins début
2005, une autre équipe américaine confirme
cette prédominance féminine et l'issue
très favorable en cas de traitement approprié.
Les
femmes réagissent différemment des
hommes au stress. Ainsi, cette sensibilité féminine
pourrait s'expliquer par les hormones et les liaisons
nerveuses de leur cerveau et de leur coeur.
L’importance
d'un bon diagnostic
Alors qu'au Japon,
ces troubles sont connus depuis de nombreuses années (sous le nom de syndrome takotsubo),
ces cardiopathies de stress n'avaient suscité que
peu d'intérêt en Occident. Leurs prochains
travaux devraient permettre de savoir pourquoi ce syndrome
des coeurs brisés touche principalement les femmes.
Ces
travaux permettront aussi dans le futur de distinguer
plus facilement et rapidement ces cardiopathies de stress
des véritables crises cardiaques. Bénéficiant
du bon diagnostic, ces personnes pourraient éviter
d'être soignées toute leur vie pour une
maladie cardiovasculaire qu'elles n'ont pas. En attendant,
essayez autant que possible de prendre un peu de distance
par rapport aux événements stressants …