Bien que réduit à sa plus simple expression par
rapport à d'autres espèces animales, le système
olfactif humain intervient dans nombre de nos comportements
et conditionne notre qualité de vie.
Or, les troubles
de l'odorat et les troubles du goût (qui leur sont souvent
associés), constituent une plainte fréquente
en oto-rhino-laryngologie et en neurologie. Le Dr. Philippe
Rombaux, ORL aux Cliniques universitaires Saint-Luc, nous en
dit plus.
Quels sont les causes des troubles olfactifs ?
A l'origine
du trouble olfactif, les spécialistes
distinguent généralement deux types de cause
: les causes périphériques et les causes centrales.
Dans le premier cas, la molécule odorante ne parvient
plus à stimuler l'épithélium olfactif
situé dans la partie supérieure des fosses
nasales et dans le second, c'est l'acheminement du message
nerveux au niveau du cerveau qui fait défaut .
C'est
ainsi que de nombreux tableaux cliniques peuvent être à l'origine
de ce trouble neurosensoriel : des patients atteints d'une
maladie inflammatoire au niveau des sinus ou d'une maladie
dégénérative du cerveau. Ce peut être
aussi des patients ayant subi un accident de la route avec
contusion de la base du crâne ou encore des personnes
ayant manipulé et respiré des substances toxiques.
Lorsqu'il
s'installe progressivement, le trouble olfactif est parfois
difficile à déceler. Lorsque la
perte est brutale par contre, ce phénomène
inquiète car il altère la qualité de
vie, les plaisirs de l'alimentation et engendre chez le patient
un stress lié à son incapacité de déclencher
des réactions d'alerte (comme la détection
d'une fuite de gaz par exemple).
Quels sont les techniques
de détection des troubles
de l'odorat ?
Au cours de ces derniers mois, plusieurs techniques
permettant de tester l'odorat sont apparues dans les services
d'oto-rhino-laryngologie
et de neurophysiologie des Cliniques. La première
est une mesure semi-objective de l'odorat qui consiste à présenter
au sujet des sticks odorants permettant d'avoir une idée
sur le seuil olfactif des patients, sur leur capacité discriminatoire
ainsi que sur leur aptitudes à identifier des odeurs
différentes.
Référencé à un groupe de patients
normaux, le clinicien peut estimer que le patient présente
une perte totale de son odorat (anosmie), une perte partielle
(hyposmie) ou au contraire que son odorat est considéré comme
normal (normosmie). Parallèlement à ces tests
dits psychophysiques de l'odorat, l'endoscopie naso-sinusienne
et l'imagerie médicale apporteront une aide précieuse
au spécialiste.
Par ailleurs, il est également possible d'obtenir,
aujourd'hui, à Saint-Luc, une analyse objective de
l'odorat au moyen des potentiels évoqués olfactifs
et trigéminaux. Effectuée grâce à un
olfactomètre, un stimulateur ingénieux et complexe,
l'analyse de l'activité cérébrale (électroencéphalogramme
ou EEG) et l'analyse des réponses obtenues en fonction
de la stimulation (potentiels évoqués) permettront
d'objectiver la perte ou non de l'odorat. Les applications
de cette technique sont bien entendu cliniques, mais peuvent également
intéresser la recherche fondamentale (neurophysiologie,
neuro-psychologie, otorhinolaryngologie) ainsi que la médecine
légale (expertise des troubles neurosensoriels après
un accident de la voie publique). Actuellement, seules les
Cliniques universitaires Saint-Luc possèdent ce type
de stimulateur en Belgique.
Comment se déroule l'examen
?
L'olfactomètre
permet de stimuler l'épithélium
olfactif (potentiel évoqué olfactif) et la
muqueuse nasale via la diffusion de substances odorantes.
Assis face à l'appareil, le patient reçoit
via un embout nasal, pendant vingt à quarante minutes,
des odeurs à visée, soit purement olfactives
(il s'agit souvent d'eau de rose sous la forme du 2-phenylethyl
alcohol), soit sensitives (du gaz carbonique), avec à la
clé des potentiels évoqués olfactifs
et trigéminaux. Afin de mener à bien cet examen,
le patient doit être détendu (et ne doit donc
pas être perturbé par des éléments
extérieurs).
Disponibles dès que l'analyse informatique est terminée
(le lendemain de l'examen), les résultats indiquent
si oui ou non le patient possède un odorat normal.
Il n'est toutefois pas (encore) possible de conclure que
tel sujet a un nez plus fin qu'un autre. L'olfactomètre
ne permettra donc pas de repérer d'office de super-oenologues...