Poursuivons notre interview sur trois pistes
: une société pour tous les âges,
la place prise par les aînés au sein de
leur famille (les services qu’ils y rendent)
et la géronto-technologie.
Enfin, Myriam Van
Espen démontre que le senior-marketing a encore
du pain sur la planche.
Opladis : Et demain ?
Il y aura une grosse influence de la Commission européenne.
A l’heure actuelle, son discours est très économique,
très libéral. Sous des dehors de développement
durable, on nous fourgue un concept, mais les acteurs de
tous les jours sont dans une logique de lien social, de
qualité de vie. Pour demain, le challenge est là,
pas ailleurs. Optera-t-on pour la version économique,
médicalisante, des nouvelles technologies, ou pour
une autre approche, plus sociale ? L’Assemblée
mondiale sur le vieillissement de 2002 a clairement établi
qu’il fallait créer une société pour
tous les âges.
Opladis : Cette vision n’est-elle
pas un peu euphorique ?
Je ne le pense pas. Systématiquement, quand on parle
du vieillissement, on voit ce qui ne va pas. On relève
qu’un jeune a volé sa grand-mère, mais
personne ne parle des jeunes qui font les commissions ou
qui aident leurs parents très âgés à faire
une promenade dans le parc du coin. De plus, la vision
d’aujourd’hui est que les seniors très âgés
coûtent cher. Mais on oublie les services qu’ils
rendent, notamment du point de vue familial, social. Un
exemple : beaucoup de papys et de mamies ont la garde de
leurs petits-enfants.
Opladis : Quelles sont les
nouvelles pistes de la gérontologie?
D’abord et avant tout la géronto-technologie.
C’est un ensemble de dispositifs qui permet aux gens
de rester chez eux. Prenons les meubles comme exemple.
Eh bien, ces derniers peuvent être facilement accessibles
par un système de mobilité, qui se baisse
ou s’élève à la demande, pour
accéder à un tiroir ou à un lavabo
par exemple.
Opladis : Très beau, mais très
cher !
Dans les pays nordiques, cela commence à être
accessibles à tous. Il faut dire qu’ils ont
là-bas une culture assez différente de la
nôtre, et que l’Etat lui-même subventionne
ce type de mesures.
Opladis : Reste à savoir comment sensibiliser
les fabricants aux nouvelles technologies à l’usage
des personnes âgées. En Europe, on est un
peu dans la production de masse...
Deux éléments de réponse : c’est
vrai que la majorité des plus de 60 ans sont éloignés
des nouvelles technologies dont l’usage leur paraît
rébarbatif. Il y a là un effort à faire,
en respectant notamment leur lenteur. D’autre part,
côté fabricants, l’exemple me semble
venir des Etats-Unis où l’approche est réellement
pédagogique.
Opladis : Un exemple ?
En 2003, je suis allée là-bas pour me rendre
compte de la manière dont ils procédaient.
Avant le lancement d’un GSM ou d’un ordinateur
sur le marché, il y a des personnes âgées
qui participent à la conception des produits et
les testent. Dès le début du concept, le
senior est intégré. J’ai vu par exemple
des handicapés à qui l’on proposait
10 modèles de GSM. C’était fort interactif.
Ici en Europe, notre vision est trop passive.
Opladis : Là, vous
pointez du doigt le marketing !
Absolument. Je vais vous donner un autre exemple. Lors
d’une rencontre destinée à promouvoir
la gestion de patrimoine, où des seniors de 65 à 80
ans formaient la majorité du public, qu’est-ce
que je vois ? A l’arrivée, il y avait plus
de 20 marches sans rampe à gravir. Ensuite, il fallait
traverser une plaine pour arriver sous un chapiteau. Les
exposés étaient donnés sans support,
par un monsieur parlant très vite, que beaucoup
de personnes ne comprenaient pas. Après, au buffet,
les assiettes étaient munies d’un porte verre.
Pour s’asseoir, des sièges de camping. Et
ainsi de suite. Bref, du début à la fin,
le contre exemple de ce qu’il faut faire pour séduire
les seniors.