Avec Myriam Van Espen, bilan de vingt ans
de politique sociale. Où l’on se rend
compte que la gérontologie a bien évolué.
Et qu’il existe un 5e pilier à la Sécurité sociale.
Pour elle, la situation des très âgés
n’est pas et ne sera pas une catastrophe.
Opladis : Comment la gérontologie a-t-elle évolué?
Tout a démarré il y a une vingtaine d’années
dans le cadre hospitalier. Beaucoup de personnes âgées
se trouvaient alors dans les hôpitaux. La gérontologie
y était appliquée presque sans que l’on
s’en rende compte, sans le savoir. En 1982, il y
a eu un tournant, car de plus en plus les gens avaient
envie de rester chez eux. Après la création
des soins à domicile, les premiers centres de coordination
de soins et services ont été créés
en Wallonie. Très vite, on s’est néanmoins
rendu compte qu’il n’existait pas qu’une
solution médicale, hospitalière, au vieillissement.
Opladis : En 20 ans, cela
a bien évolué…
Il reste du travail, mais nous avons bien travaillé,
du moins en Belgique. Une politique du grand âge
a été lancée. Les directeurs de maison
de repos ont dû suivre une formation à partir
du milieu des années 90. Bref, une législation
a été mise en place dans les Régions.
Attention, il reste du travail, notamment pour les soignants.
Il n’y a pas de valorisation de leur profession,
ni de formation continuée. Leur formation de base
n’est pas adaptée. Reste que nous avons réellement
un 5e pilier de Sécurité sociale, mais un
pilier caché…
Opladis : …qui est
?
…
le financement des services infirmiers ou d’aide à domicile,
et aussi le financement des bâtiments des maisons
de repos. J’ai réalisé une étude
pour le gouvernement français, laquelle montrait à l’évidence
que ce pilier existait, mais non visible.
Opladis : La population
belge vieillit. Dans quelle mesure, nos structures ne
devraient-elles pas être
renforcées ?
Grosse question. Il y a deux courants, dont un alarmiste,
qui n’est certainement pas le mien. Pour moi, une
chose est certaine, les gens vivent plus longtemps dans
un contexte favorable. Il ne faut pas occulter les maladies,
mais globalement la situation sociale des très âgés
ne sera pas si dramatique. N’oubliez pas que le vieillissement
est pluriel. Et que, actuellement, il n’y a que 6
% des seniors en maisons de repos.
Opladis : Les Flamands tiennent
un autre langage…
La vision catastrophiste est plus accentuée au nord
qu’au sud du pays. Le Bureau d’études
du gouvernement flamand a établi dernièrement
un constat extrêmement pessimiste. Mais cette vision,
pour moi, n’est pas neutre. Pourquoi ? Parce qu’elle
arrange certains lobbies commerciaux ou professionnels.