Myriam Van Espen :
femme de la génération
sandwich
MyriamVan Espen a forgé sa carrière
malgré des contraintes familiales, professionnelles
et sociales. Cette expérience de vie lui a permis
de rebondir, un peu comme les seniors qui, après
avoir connu la Guerre et son cortège de misères,
en sont sortis plus forts.
Opladis : Est-ce à ce moment que démarrent
les soins à domicile ?
Le tout premier service de soins à domicile a été ouvert
juste après, malgré la réticence des
médecins généralistes. Ils avaient
peur que leur clientèle soit récupérées
par les mutualités. Le processus ne s’est
donc pas mis en place sans méfiance, il a même
fallu deux ans pour bien le mettre en route. C’est à cette époque
que j’ai collaboré au service de gériatrique
de Malibran. J’étais un peu l’assistante
sociale de l’équipe. C’est là aussi
que j’ai découvert ce que c’était
de travailler dans l’hôpital d’un quartier
défavorisé.
Opladis : Puis vous passez
par Infor-Homes…
J’y suis restée quatre ans, au bureau d’études.
Puis je me suis occupée de l’Aide aux Familles,
toujours à Bruxelles, pendant deux ans. Plus tard,
l’Union Nationale des Mutualités Libres (qui
regroupe Partena, Securex…) m’a fait passé une
audition et j’ai été engagée.
Ces mutualités libres avaient évidemment
la mentalité d’entreprise, plus tournée
vers le commercial que le social. J’y suis restée
jusqu’en 1999. Ensuite, j’ai été détachée
vers le ministre wallon des Affaires sociales et de la
Santé, M. Detienne, ce que je n’avais pas
prévu. Ce fut un challenge assez dur, mais j’ai
compris pourquoi tout en Belgique est aussi lent. J’ai
néanmoins eu la satisfaction de réaliser
95 % de mon Cahier de charges et mettre de nouveaux dispositifs
en place.
Opladis : N’avez-vous pas été secouée,
comme beaucoup de femmes de votre génération,
par la combinaison des contraintes familiales, professionnelles
et sociales ?
En fait, j’appartiens à cette génération
sandwich qui a dû tout gérer. En outre, j’ai
connu une période assez dure, marquée par
la mort de mon père et la fermeture de sa société,
sans oublier mes trois enfants, mon boulot… Bref,
mon physique a fini par lâcher et j’ai dû mettre
le holà. Mais confrontée à la dureté de
la vie, ayant vécu de l’intérieur ces
difficultés, je comprends assez bien les personnes
très âgées. Les octogénaires
du nouveau siècle ont eux aussi beaucoup vécu...
Opladis : En 2004, nouveau
changement de cap. Que décidez-vous
de faire ?
J’avais à choisir : soit un poste de salariée,
où le cadre est fermé, mais avec la sécurité de
l’emploi en plus, soit je créais un nouveau
métier par le biais d’un cabinet- conseil,
avec tout ce que cela représente de créativité.
Je me suis dit que c’était le moment où jamais.
Avec, comme aiguillon, le message de Brel : « Va
jusqu’au bout de tes rêves… »